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Del’utilisation abusive du vocable « extrĂȘme » en politique, ou un essai de clarification de qualificatifs fortement nĂ©gatifs ou pĂ©joratifs utilisĂ©s par la caste dir Introduction C’est dans le chapitre 2 du livre IV du Contrat social, intitulĂ© « Des suffrages », que se trouvent ces lignes de Rousseau. Dans cet ouvrage, l’auteur s’interroge sur les conditions de la lĂ©gitimitĂ© du systĂšme social : il s’agit de 1400 €. Neuf - ExpĂ©diĂ© sous 8 Ă  17 jours. Voir la disponibilitĂ© en librairie. Ajouter Ă  ma liste. Au-dela de notre monde. Tome 2, Exolition. David Rousseau. Jean-Charles Moyen (PrĂ©facier) | Librairie- Salon de ThĂ© Ă  Andernos les Bains sur le Bassin d'Arcachon Accueil Contactez-nous Mon panier AU-DELA DE NOTRE MONDE - EXOLITION - TOME 2; Catalogue. LittĂ©rature. Romans Français et Étrangers Romans Policiers et Thrillers Science-Fiction - Fantasy - Anticipation Biographies - TĂ©moignages Essais RĂ©cits Humour Livres en Grands CaractĂšres - AUDELÀ DE NOTRE MONDE AVEC DAVID ROUSSEAU – ÂMES STELLAIRES ET PRÉSENCES GALACTIQUES. PubliĂ© par RaphaĂ«l 17 mars 2021 PubliĂ© dans Non class Ă©. Arnaud Mahler interviewe David Rousseau. DurĂ©e de la vidĂ©o : 1h37min. “Salut les Ăąmi(e)s, j’ai le Grand Plaisir d’ĂȘtre en Facebook/YouTube Live avec David Rousseau / Davian ce Mercredi Site De Rencontres Des Hommes Riches. Download Free PDFDownload Free PDFDownload Free PDF2008N. IrudayadasonThis PaperA short summary of this paper37 Full PDFs related to this paperDownloadPDF PackPeople also downloaded these PDFsPeople also downloaded these free PDFsPeople also downloaded these free PDFsL'instabilitĂ© de l'ĂȘtre-avec Configurations de l'intersubjectivitĂ© autour de Sartre, Merleau-Ponty et Levinasby Paulo JesusDownload Free PDFView PDFSpectre, aporie, responsabilitĂ© le concept de justice de Jacques Derrida en trois dĂ©clinaisonsby Samuel LesageDownload Free PDFView PDFLe concept d'Ɠuvre de Jacques Derrida, un vaccin contre la loi du pire thĂšse de doctorat soutenue Ă  l'ENS le 7 janvier 2017 - texte completby Pierre DelainDownload Free PDFView PDFMB levinas La lon violence comme utopie concrete ou hors lieu toulouse 2016 3 4by Mylene Botbol BaumDownload Free PDFView PDFPar-delĂ  le concept de force dans la philosophie de Jacques Derridaby Cyril SintezDownload Free PDFView PDFCollection dirigĂ©e par AgnĂšs Rauby Adieuby Zouhair El YaagoubiDownload Free PDFView PDFLe corps rhytmo-mythique de l'hitlĂ©risme - PremiĂšre Partie 2004 "De la Shoah une Ă©criture Ă  l'impossible"by Jean-SĂ©bastien PhilippartDownload Free PDFView PDFEssai d’une cartographie de la notion d’ Ă©vĂ©nement » dans la phĂ©nomĂ©nologie française contemporaineby Federico ViriDownload Free PDFView PDFDerrida et l'Ă©nigme de la singularitĂ© mĂ©moire de maitriseby Florian ForestierDownload Free PDFView PDFRELATED PAPERSPhilosophie et Messianisme, Philosophy and Messianism, Filosofia e Messianismo Benjamin, Scholem, LĂ©vinas, Derrida, Rosenzweig Amon Pinho, Constança Marcondes CĂ©sar and Maria JoĂŁo Cantinho, Editorsby Amon Pinho and Maria JoĂŁo CantinhoDownload Free PDFView PDFDELEUZE/DERRIDA La doublure de la diffĂ©renceby Eszter HorvĂĄthDownload Free PDFView PDFPercĂ©e de l'ego These Universite de Poitiers. 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LĂ©vinasby Gilles HanusDownload Free PDFView PDFRELATED TOPICSArtRelated topicsRelated topicsArt David Wengrow et David Graeber, Au commencement Ă©tait... Une nouvelle histoire de l'humanitĂ©, Paris, Les liens qui libĂšrent, 2021, 752 pages, ISBN 979-10-209-10 Et si tout ce que vous avez appris sur l’histoire de l’humanitĂ© Ă©tait faux ? ». C’est ainsi que le New York Times a intitulĂ© son article couvrant la publication de l’ouvrage de David Graeber et David Wengrow, The Dawn of Everything A New History of Humanity. Le livre, qui s’appuie sur des sources archĂ©ologiques pour proposer une nouvelle histoire de la maniĂšre dont les sociĂ©tĂ©s humaines se sont dĂ©veloppĂ©es, ne manque pas d’ambition. Il a Ă©galement une forte ambition politique, suggĂ©rant que cette nouvelle perspective historique peut fonder une action en accord avec les principes anarchistes que Graeber, en particulier, a embrassĂ©s pendant sa vie. Avant mĂȘme sa publication ce mois-ci, le livre a reçu un accueil enthousiaste. Dans The Atlantic, William Deresiewicz a qualifiĂ© Graeber de gĂ©nie » et le livre de cadeau » dont les auteurs dĂ©molissent l’idĂ©e que les ĂȘtres humains sont des objets passifs de forces matĂ©rielles ». Le critique du Guardian l’a qualifiĂ© de lecture exaltante ». Pour Jacobin, le livre est dĂ©jĂ  un grand classique ». Depuis cette semaine, il est numĂ©ro deux sur la liste des meilleures ventes de non-fiction du Times. Graeber, qui est dĂ©cĂ©dĂ© en 2020 Ă  l’ñge de 59 ans, Ă©tait une figure lĂ©gendaire du monde universitaire, un anthropologue rebelle qui a beaucoup fait pour inspirer et lancer le mouvement Occupy1. Mais leur histoire tient-elle la route ? Bien que Graeber et Wengrow s’intĂ©ressent principalement aux dĂ©buts de l’histoire de l’humanitĂ©, ils commencent par examiner comment les penseurs occidentaux ont traitĂ© le sujet auparavant, et ce faisant, ils se tournent d’abord vers les LumiĂšres françaises. Il se trouve que c’est mon domaine d’expertise, et j’étais curieux de voir ce qu’ils en feraient. J’ai Ă©tĂ© consternĂ©. MalgrĂ© ses promesses, l’ouvrage souffre malheureusement d’une approche bĂąclĂ©e, truffĂ©e d’erreurs Ă  propos de ce moment clef de l’histoire intellectuelle moderne. En discutant LumiĂšres, Graeber et Wengrow se concentrent, sans surprise, sur la figure de Jean-Jacques Rousseau. Dans son Discours sur les origines et les fondements de l’inĂ©galitĂ© parmi les hommes, publiĂ© en 1754 et qui a eu une influence extraordinaire, Rousseau propose des conjectures sur les humains Ă  l’ Ă©tat de nature » originel et aux premiers stades du dĂ©veloppement social. Il y postule, comme le disent Graeber et Wengrow, qu’ il fut un temps oĂč les ĂȘtres humains Ă©taient Ă©gaux – et que quelque chose s’est ensuite produit pour changer cette situation ». Graeber et Wengrow qualifient cette idĂ©e de surprenante pour des personnes vivant dans une monarchie absolutiste ». Ils affirment que dans la France du XVIIIe siĂšcle, presque tous les aspects de l’interaction humaine
 Ă©taient marquĂ©s par des hiĂ©rarchies Ă©laborĂ©es et des rituels de dĂ©fĂ©rence sociale. » Alors, comment Rousseau a-t-il pu avoir son idĂ©e, et pourquoi tant de ses contemporains en ont-ils Ă©tĂ© convaincus ? Leur rĂ©ponse est explosive puisqu’ils Ă©crivent que les EuropĂ©ens n’ont commencĂ© Ă  mĂ©diter sur l’égalitĂ© de cette façon qu’au moment oĂč ils ont Ă©tĂ© poussĂ©s Ă  le faire par des indigĂšnes amĂ©ricains. Le chapitre suivant dĂ©veloppe ce qu’ils appellent la critique indigĂšne » de la sociĂ©tĂ© europĂ©enne, et la maniĂšre dont elle a dĂ©clenchĂ© une rĂ©volution conceptuelle » en Occident. Ils ajoutent que les historiens des idĂ©es europĂ©ennes, qui ont pour habitude d’ infantiliser les non-Occidentaux », ont occultĂ© cette histoire parmi les historiens des idĂ©es dominants, c’est presque une hĂ©rĂ©sie ». Mais certains chercheurs, pour la plupart eux-mĂȘmes d’origine indigĂšne », ont commencĂ© Ă  dĂ©fendre cette cause. Graeber et Wengrow suivraient ici leurs traces ». MalgrĂ© ses promesses, l’ouvrage souffre malheureusement d’une approche bĂąclĂ©e, truffĂ©e d’erreurs Ă  propos de ce moment clĂ© de l’histoire intellDavid A. bell C’est un appel aux armes emballant et plein de dĂ©fi. Pour moi, spĂ©cialiste des LumiĂšres, c’est aussi un appel troublant. S’il s’avĂ©rait vrai, il renverserait presque tout ce en quoi je croyais savoir sur mon propre domaine d’études. Mais comment Graeber et Wengrow dĂ©fendent-ils leurs arguments ? Savent-ils vraiment de quoi ils parlent ? L’histoire du concept d’égalitĂ© est longue et complexe. Dans le monde occidental, elle a de nombreuses racines notamment dans la philosophie grecque antique, dans la tradition romaine du civisme rĂ©publicain, et bien sĂ»r dans le judaĂŻsme et le christianisme. Les derniers seront les premiers, et les premiers les derniers ». Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous vous ĂȘtes un en JĂ©sus-Christ. » Il serait plus facile Ă  un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Les Français du XVIIIe siĂšcle n’avaient peut-ĂȘtre pas beaucoup d’expĂ©rience de l’égalitĂ© dans leur vie quotidienne, mais ils pouvaient en trouver de nombreuses Ă©vocations dans leurs manuels scolaires comme dans les Écritures. Le mĂ©pris apparent de Graeber et Wengrow pour ce lieu commun de l’histoire intellectuelle Ă©tait dĂ©jĂ  alarmant. Pourtant, l’existence de cet hĂ©ritage intellectuel n’excluait pas la possibilitĂ© que des penseurs autochtones aient engagĂ© la pensĂ©e europĂ©enne sur l’égalitĂ© dans une direction fondamentalement nouvelle. Est-ce le cas ? DĂšs le dĂ©but du chapitre, Graeber et Wengrow donnent aux lecteurs une trĂšs bonne raison de douter de leur Ă©rudition. Jean-Jacques Rousseau a Ă©crit son essai de 1754 dans le cadre d’un concours organisĂ© par la savante AcadĂ©mie de Dijon. Graeber et Wengrow Ă©crivent que les auteurs qui soumettaient leurs essais Ă  ce concours Ă©taient des hommes qui passaient leur vie Ă  voir tous leurs besoins satisfaits par des serviteurs
 Rousseau Ă©tait l’un de ces hommes jeune philosophe ambitieux, il Ă©tait Ă  l’époque engagĂ© dans un projet Ă©laborĂ© pour se glisser Ă  la Cour par des relations sexuelles afin d’y avoir de l’influence. C’est probablement en distribuant des parts Ă©gales de gĂąteau lors d’un dĂźner qu’il se trouva le plus proche de faire l’expĂ©rience de l’égalitĂ© sociale ». Ces petites phrases contiennent une collection tout simplement stupĂ©fiante d’erreurs. Comme chacun peut le constater en parcourant quelques secondes Wikipedia, Jean-Jacques Rousseau n’était en aucun cas un membre de la haute sociĂ©tĂ© française. Fils d’un artisan genevois, il avait lui-mĂȘme travaillĂ© comme domestique dans des maisons aristocratiques et avait vĂ©cu pendant de nombreuses annĂ©es dans une rĂ©elle pauvretĂ©. En 1754, il avait 42 ans — ce qui n’était pas exactement jeune. Quant Ă  l’expression se glisser Ă  la Cour par des relations sexuelles afin d’y avoir de l’influence », je n’ai aucune idĂ©e de ce que Graeber et Wengrow veulent dire, alors que deux ans plus tĂŽt, Rousseau avait refusĂ© une confortable pension offerte par le roi de France afin de prĂ©server son indĂ©pendance morale. Tout cela est bien connu parce que Rousseau a racontĂ© lui-mĂȘme ces histoires dans ce qui reste peut-ĂȘtre la plus cĂ©lĂšbre autobiographie de tous les temps les Confessions. Pour moi, spĂ©cialiste des LumiĂšres, c’est aussi un appel troublant. S’il s’avĂ©rait vrai, il renverserait presque tout ce en quoi je croyais savoir sur mon propre domaine d’ A. bell Des erreurs de ce genre n’inspirent pas confiance, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais ce ne sont pas, en soi, des Ă©lĂ©ments cruciaux de Graeber et Wengrow. Malheureusement, le reste du chapitre est tout aussi bĂąclĂ© et inexact. Les auteurs commencent par un point correct, mais aussi peu controversĂ© que peu original, Ă  savoir que les intellectuels europĂ©ens s’étaient accordĂ©s sur l’idĂ©e de la libertĂ© naturelle » en grande partie Ă  cause de la littĂ©rature de voyage qui leur faisait connaĂźtre les sociĂ©tĂ©s non europĂ©ennes, notamment celles qui n’étaient pas dotĂ©s pas de grands États structurĂ©s. Depuis l’époque de Christophe Colomb, les ouvrages dĂ©crivant les pratiques religieuses, politiques, sociales et sexuelles de ces sociĂ©tĂ©s ont fascinĂ© les lecteurs europĂ©ens et les ont interpellĂ©s. Il s’agissait d’exemples de peuples qui vivaient sans les hiĂ©rarchies sociales abrutissantes et les fortes restrictions morales qui caractĂ©risaient les États europĂ©ens. Par-dessus tout, il s’agissait de personnes qui vivaient sans connaissance du christianisme. Et pourtant, ils semblaient souvent en meilleure santĂ© et plus heureux que les EuropĂ©ens, et tout Ă  fait capables de rĂ©pondre en termes sophistiquĂ©s aux missionnaires europĂ©ens qui tentaient de les convaincre de leurs erreurs. À la fin du XVIe siĂšcle, Michel de Montaigne Ă©tait notamment cĂ©lĂšbre pour avoir dit que, mĂȘme si certains AmĂ©rindiens mangeaient de la chair humaine, c’étaient les EuropĂ©ens, avec leurs persĂ©cutions brutales et leurs guerres de religion, qui Ă©taient les vĂ©ritables cannibales ». Il n’est pas toujours facile d’extraire ce que les autochtones ont rĂ©ellement dit des textes europĂ©ens qui les ont rapportĂ©s. Pourtant, leurs voix n’ont pas Ă©tĂ© entiĂšrement effacĂ©es ou occultĂ©es, loin s’en faut. Les rapports des missionnaires – en particulier ceux connus sous le nom de relations des JĂ©suites » – ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s en partie pour informer les futurs missionnaires de ce Ă  quoi ils pouvaient s’attendre de leurs missions. Ils s’efforçaient donc gĂ©nĂ©ralement de rendre compte avec prĂ©cision des coutumes indigĂšnes et des arguments que les indigĂšnes pouvaient avancer en rĂ©ponse aux tentatives de conversion au christianisme. Graeber et Wengrow consacrent de nombreuses pages Ă  cette littĂ©rature. Cependant, leur Ă©tude ne fait que rĂ©pĂ©ter des points que de nombreux chercheurs — Anthony Pagden, Tzvetan Todorov, Sankar Muthu, MichĂšle Duchet, David Allen Harvey et Antoine Lilti, pour ne citer qu’eux — ont soulevĂ©s avant eux. Et s’ils ont raison de dire que cette littĂ©rature a jouĂ© un rĂŽle dans la genĂšse de la pensĂ©e des LumiĂšres, il en va de mĂȘme pour bien d’autres choses la rĂ©volution scientifique, la Querelle des Anciens et des Modernes, les idĂ©es religieuses radicales de Spinoza, l’essor de la presse pĂ©riodique, les critiques de la monarchie absolue. La pensĂ©e des LumiĂšres, sur l’égalitĂ© humaine comme sur bien d’autres sujets, a des racines multiples et complexes. Pour faire valoir que la critique indigĂšne » a Ă©tĂ© plus importante que tout le reste, il faut considĂ©rer le siĂšcle des LumiĂšres dans toute sa complexitĂ© et faire la part de ces diffĂ©rents Ă©lĂ©ments. C’est exactement ce que Graeber et Wengrow ne font pas. La pensĂ©e des LumiĂšres, sur l’égalitĂ© humaine comme sur bien d’autres sujets, a des racines multiples et complexes. Pour faire valoir que la critique indigĂšne » a Ă©tĂ© plus importante que tout le reste, il faut considĂ©rer le siĂšcle des LumiĂšres dans toute sa complexitĂ© et faire la part de ces diffĂ©rents Ă©lĂ©ments. david A. bell La partie la plus scandaleuse de leur analyse va nĂ©anmoins bien au-delĂ  de rĂ©pĂ©tition de lieux communs ou d’une vision partielle de l’histoire. Graeber et Wengrow n’attribuent pas seulement la pensĂ©e des LumiĂšres sur l’égalitĂ© Ă  la critique indigĂšne » en gĂ©nĂ©ral, mais Ă  un intellectuel indigĂšne » en particulier. Le personnage en question s’appelle Kandiaronk, une figure influente de la nation amĂ©rindienne connue sous les noms de Hurons, Wendats ou Wyandots. AprĂšs la destruction de leur patrie par les Haudenosaunee Iroquois au XVIIe siĂšcle, beaucoup d’entre eux se retrouvĂšrent au Canada français. Kandiaronk impressionna de nombreux observateurs français par son Ă©loquence et son brio, rencontra frĂ©quemment le gouverneur royal, le comte Louis de Buade de Frontenac, et il est mĂȘme possible qu’il ait lui-mĂȘme voyagĂ© en France. Dans les annĂ©es 1680, il a presque certainement rencontrĂ© un jeune soldat français portant le nom trĂšs aristocratique de Louis-Armand de Lom d’Arce, baron de Lahontan, qui a beaucoup voyagĂ© en AmĂ©rique du Nord et appris des langues amĂ©rindiennes. Lahontan est retournĂ© en Europe au dĂ©but des annĂ©es 1690, et dix ans plus tard, il publia une sĂ©rie d’ouvrages sur l’AmĂ©rique du Nord, dont un qui est connu sous le titre Dialogues avec un Sauvage. Il s’agit d’une reconstitution soi-disant fidĂšle de dĂ©bats entre lui-mĂȘme et un Huron qu’il appelle Adario », au cours desquels le Huron rĂ©fute brillamment les arguments de Lahontan sur la vĂ©ritĂ© et la supĂ©rioritĂ© du christianisme, et plus gĂ©nĂ©ralement critique les coutumes europĂ©ennes. Ce personnage Ă©tait probablement basĂ©, du moins en partie, sur Kandiaronk. Les Dialogues de Lahontan s’inscrivent dans une longue tradition europĂ©enne qu’Anthony Pagden a appelĂ© celle du critique sauvage ». Cette tradition remonte au moins aussi loin qu’un ouvrage espagnol anticlĂ©rical de 1519 qui mettait en scĂšne un chef amĂ©rindien dĂ©nonçant les illusions de la sociĂ©tĂ© chrĂ©tienne europĂ©enne. Bien qu’elles fussent souvent inspirĂ©es par des rencontres avec des indigĂšnes et par des ouvrages tels que les Relations des JĂ©suites, ces Ɠuvres restĂšrent fondamentalement fictives. Les critiques ont presque toujours supposĂ© la mĂȘme chose des Dialogues de Lahontan. Il est Ă©vident que cette Ɠuvre doit beaucoup au satiriste grec antique Lucien. L’exposĂ© d’Adario sur la religion huronne ressemble Ă©trangement au dĂ©isme europĂ©en contemporain. Sa critique des coutumes matrimoniales europĂ©ennes fait Ă©cho Ă  de nombreux ouvrages europĂ©ens de l’époque, notamment ceux du philosophe proto-fĂ©ministe François Poulain de la Barre. En bref, les Dialogues sont une Ɠuvre classique du dĂ©but du siĂšcle des LumiĂšres, qui mĂȘle des observations sur les sociĂ©tĂ©s non europĂ©ennes Ă  des arguments tirĂ©s des traditions intellectuelles europĂ©ennes pour produire une pensĂ©e nouvelle et radicale sur la sociĂ©tĂ©, la politique et la religion, le tout pimentĂ© par la figure du sage sauvage » qui expose dĂ©licieusement une coutume europĂ©enne aprĂšs l’autre comme Ă©tant nuisible et absurde. Ce n’est d’ailleurs qu’une des nombreuses Ɠuvres qui utilisĂšrent des procĂ©dĂ©s similaires, notamment les Lettres persanes de Montesquieu de 1721, beaucoup plus populaires, et les Lettres d’une PĂ©ruvienne de Françoise de Graffigny de 1747. Lahontan a certainement influencĂ© Rousseau, mais bien d’autres aussi. Graeber et Wengrow insistent pourtant sur le fait que les Dialogues de Lahontan ont eu plus d’influence que n’importe lequel de ces autres livres. Et ce qui est plus important ils insistent aussi sur le fait que l’Ɠuvre n’était en rien fictive, mais une recrĂ©ation de dialogues rĂ©els entre Lahontan et Kandiaronk. Loin d’ĂȘtre un personnage fictif imaginĂ© par un EuropĂ©en pour critiquer sa propre sociĂ©tĂ©, Adario » Ă©tait un vĂ©ritable intellectuel indigĂšne dont les paroles puissantes auraient stupĂ©fiĂ© les EuropĂ©ens par leur force de vĂ©ritĂ©, imposant une réévaluation fondamentale des notions europĂ©ennes d’égalitĂ©. C’est une dĂ©claration audacieuse. Mais quelles sont leurs preuves ? Graeber et Wengrow citent de nombreuses sources diffĂ©rentes dans leur impressionnant appareil de notes, mais aucune n’appuie rĂ©ellement leur argumentaire. L’érudit canadien John Steckley, par exemple, dans un article qu’ils citent, Ă©crit Ă  propos des Dialogues Bien que certaines tournures de phrases aient une consonance autochtone et puissent avoir Ă©tĂ© reprises des discours de Kandiaronk, la voix critique d’Adario, d’une puretĂ© immaculĂ©e, s’exprime avec l’accent intellectuel blasĂ© de Lahontan. Elle reflĂšte une foule d’expĂ©riences amĂšres que le baron avait vĂ©cues avec la sociĂ©tĂ© europĂ©enne dans des domaines de la vie qui n’avaient pas touchĂ© le Wyandot de Michilimakinac. » Ce n’est pas exactement ce qu’affirme The Dawn of Everything. Les Dialogues sont une Ɠuvre classique du dĂ©but du siĂšcle des LumiĂšres, qui mĂȘle des observations sur les sociĂ©tĂ©s non europĂ©ennes Ă  des arguments tirĂ©s des traditions intellectuelles europĂ©ennes pour produire une pensĂ©e nouvelle et radicale sur la sociĂ©tĂ©, la politique et la religion, le tout pimentĂ© par la figure du sage sauvage » qui expose dĂ©licieusement une coutume europĂ©enne aprĂšs l’autre comme Ă©tant nuisible et A. bell La source la plus importante sur laquelle Graeber et Wengrow s’appuient est un livre intitulĂ© Native American Speakers of the Eastern Woodlands, de Barbara Alice Mann, une Ă©rudite de descendance Seneca. Graeber et Wengrow ne se contentent pas de la citer longuement, mais paraphrasent Ă©troitement ses arguments. Mann soutient que le rejet catĂ©gorique » des Dialogues comme transcription authentique d’une voix amĂ©rindienne serait le reflet du racisme et du ricanement occidental ». Elle soutient qu’en fait, un Lahontan sĂ©duit » a pris des notes dĂ©taillĂ©es pendant qu’il conversait avec Kandiaronk, puis les a rassemblĂ©es plus tard dans les Dialogues. Mais quelle est la preuve principale de Mann ? Dans son livre, elle cite triomphalement Lahontan lui-mĂȘme Je me faisais une application agrĂ©able, lorsque j’étais au village de cet AmĂ©ricain, de recueillir avec soin tous ses raisonnements. Je ne fus pas plus tĂŽt de retour de mon voyage des lacs du Canada, que je fis voir mon manuscrit Ă  M. le comte de Frontenac, qui fut si ravi de le lire, qu’ensuite il se donna la peine de m’aider Ă  mettre ces Dialogues dans l’état oĂč ils sont. » VoilĂ  qui paraĂźt irrĂ©futable, sauf sur un point important ces mots proviennent de la prĂ©face des Dialogues eux-mĂȘmes. Et comme toute personne familiĂšre de la fiction europĂ©enne le sait, il n’y avait rien de plus commun pour les auteurs europĂ©ens de cette Ă©poque que de prĂ©tendre qu’une Ɠuvre de fiction Ă©tait le rĂ©cit de premiĂšre main d’évĂ©nements rĂ©els. L’auteur de ces Voyages, M. Lemuel Gulliver, est mon ancien et intime ami
 » C’est ainsi que Jonathan Swift commence sa plus cĂ©lĂšbre Ɠuvre de fiction, mais peu de ses lecteurs croyaient qu’un vĂ©ritable Lemuel Gulliver avait rĂ©ellement visitĂ© un pays appelĂ© Lilliput. Ils ne croyaient pas non plus que les romans Ă  succĂšs Pamela et Clarissa Ă©taient de vĂ©ritables correspondances. Si les chercheurs sĂ©rieux n’ont pas accordĂ© beaucoup de crĂ©dit Ă  l’Ɠuvre de Mann, ce n’est pas par racisme ou par ricanement occidental », mais parce que ses arguments sur ce point ne tiennent tout simplement pas la route. L’erreur que Mann commet — et que Graeber et Wengrow rĂ©pĂštent sans la critiquer — est d’une certaine maniĂšre comprĂ©hensible. Il peut ĂȘtre trĂšs tentant de prendre les critiques occidentales de l’Occident, formulĂ©es par des indigĂšnes », pour des critiques authentiquement indigĂšnes. Le langage est familier, et les auteurs savent exactement ce qui rĂ©sonnera avec leur public. Les critiques authentiquement indigĂšnes, issues de corpus et de traditions avec lesquels les personnes Ă©levĂ©es dans des environnements occidentaux ne sont pas familiers, peuvent sembler beaucoup plus Ă©tranges et difficiles. La reductio ad absurdum de cette erreur se produit lorsque les gens considĂšrent comme authentiquement amĂ©rindiennes les paroles de Pocahontas, dans le film de Disney du mĂȘme nom Tu crois que la Terre t’appartient toute entiĂšre / Pour toi ce n’est qu’un tapis de poussiĂšre ». L’erreur est aussi – bien sĂ»r – profondĂ©ment politique. Elle correspond Ă  ce que Graeber et Wengrow dĂ©crivent dans leur conclusion comme l’un des principaux objectifs du livre [exposer] la sous-structure mythique de notre science sociale » » et rĂ©vĂ©ler, contrairement Ă  ce qu’affirment les chercheurs en sciences sociales, que les humains ont toujours la libertĂ© de façonner des rĂ©alitĂ©s sociales entiĂšrement nouvelles ». De nombreux AmĂ©rindiens de l’époque de Kandiaronk possĂ©daient encore cette libertĂ©, affirment-ils. Les sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes, quant Ă  elles, Ă©taient incapables d’une vĂ©ritable autocritique. Il a fallu le sage Huron pour ouvrir les yeux de l’Occident sur la possibilitĂ© d’une politique vĂ©ritablement rĂ©volutionnaire. Graeber et Wengrow veulent dĂ©sormais jouer un rĂŽle similaire. Malheureusement, si l’on en croit leur traitement des LumiĂšres, ils sont prĂȘts Ă  s’engager dans ce qui s’approche dangereusement de la faute professionnelle. Je n’ai pas l’expertise nĂ©cessaire pour commenter les arguments de Graeber et Wengrow sur d’autres sujets que les LumiĂšres françaises, mais le niveau de leur Ă©rudition sur ce sujet n’augure rien de bon pour le reste du livre, c’est le moins que l’on puisse dire. CrĂ©dits La version originale de cet article en anglais a Ă©tĂ© publiĂ©e dans Persuasion le 19 novembre 2021. Accueil > Actifs fossiles, les nouveaux subprimes ? Sommaire PubliĂ© le 10 juin 2021 Actifs fossiles, les nouveaux subprimes ?Quand financer la crise climatique peut mener Ă  la crise financiĂšre L’Institut Rousseau publie aujourd’hui un rapport de premiĂšre importance en coopĂ©ration avec plusieurs organisations non-gouvernementales et associations françaises et Ă©trangĂšres spĂ©cialisĂ©es dans les questions financiĂšres et Ă©cologiques, au premier rang desquelles Les Amis de la Terre et Reclaim Finance. Le Monde et Bloomberg, ainsi que Die Zeit Allemagne et l’Avvenire Italie en assurent un dĂ©cryptage en rapport dĂ©montre que non seulement les grandes banques continuent de financer massivement les Ă©nergies fossiles mais Ă©galement que ce type de financement peut constituer un danger de toute premiĂšre importance pour la stabilitĂ© financiĂšre et monĂ©taire. En effet l’exposition brute aux actifs fossiles d’un certain nombre de banques excĂšde le niveau de leurs fonds propres. En d’autres termes, les actifs fossiles pourraient devenir les subprimes » de demain. Pour sortir de cette situation, les auteurs proposent plusieurs solutions concrĂštes visant Ă  permettre aux banques de se dĂ©lester de leurs actifs fossiles en Ă©change d’un engagement ferme Ă  mieux financer la transition Ă©cologique structure de dĂ©faisance, mais aussi des rĂ©formes profondes de la politique monĂ©taire et prudentielle pour accompagner ce mouvement. »Nicolas DufrĂȘne, directeur de l’Institut RousseauRĂ©sumĂ© exĂ©cutifL’addiction des banques aux Ă©nergies fossiles un danger pour le climatSelon le rapport Banking On Climate Chaos 2021, les 60 plus grandes banques mondiales ont accordĂ© 3 393 milliards d’euros[1] de financements aux entreprises du secteur des Ă©nergies fossiles entre 2016 et 2020[2]. Contrairement Ă  ce que leurs discours et engagements peuvent laisser penser, les banques europĂ©ennes n’ont pas inflĂ©chi leurs financements aux Ă©nergies fossiles. Certaines ont mĂȘme continuellement augmentĂ© leurs soutiens Ă  cette industrie, premiĂšre responsable des Ă©missions de gaz Ă  effet de pour respecter l’Accord de Paris sur le climat adoptĂ© en 2015, il est impĂ©ratif de mettre immĂ©diatement fin au dĂ©veloppement des Ă©nergies fossiles et d’en programmer la sortie progressive et totale. La production mondiale de charbon, pĂ©trole et gaz fossile doit ainsi diminuer de 6 % par an d’ici 2030 pour nous laisser une chance de limiter le rĂ©chauffement Ă  1,5 °C[3], une trajectoire aux antipodes de celle que dessinent les flux financiers actifs fossiles un double risque climatique et financierLe soutien des banques aux entreprises du secteur des Ă©nergies fossiles n’est pas nouveau. Avant comme aprĂšs la signature de l’Accord de Paris, elles ont accumulĂ© des centaines de milliards d’actifs financiers liĂ©s Ă  l’exploration, Ă  l’exploitation, au transport et Ă  l’utilisation du charbon, du pĂ©trole et du gaz. Or ces stocks d’ actifs fossiles » ont une importance dĂ©terminante pour la stabilitĂ© du climat comme celle du systĂšme fournissant fidĂšlement Ă  cette industrie les capitaux dont elle a besoin pour opĂ©rer et investir, les banques financent des volumes colossaux d’émissions de gaz Ă  effet de serre. Ce faisant, elles limitent Ă©galement leur capacitĂ© Ă  financer des alternatives durables, car les liquiditĂ©s et rĂ©serves consacrĂ©es aux gĂ©ants des Ă©nergies fossiles et Ă  leurs projets sont autant d’argent qui ne peut ĂȘtre mobilisĂ© en faveur de la transition. Ainsi, les banques accumulent des actifs financiers qui apparaissent comme sĂ»rs selon leurs critĂšres d’analyse actuels, mais sont en fait trĂšs exposĂ©s aux risques climatiques, toujours ignorĂ©s des acteurs financiers et de la rĂ©glementation bancaire. Avec la finance verte et des stratĂ©gies souvent incohĂ©rentes, le secteur financier tente de se voiler la face sur des risques qui deviennent pourtant de plus en plus importants au fur et Ă  mesure qu’ils ne sont pas correctement tous ces actifs fossiles risquent de devenir des actifs Ă©chouĂ©s » – c’est-Ă -dire de perdre fortement de la valeur et de la liquiditĂ©, car le respect de l’Accord de Paris entraĂźnera une baisse importante et continue de l’utilisation des Ă©nergies fossiles. Comme tous les risques, ces actifs Ă©chouĂ©s sont d’autant plus dangereux qu’ils sont ignorĂ©s c’était le cas lors de la crise des subprimes – qui a engendrĂ©e de nombreuses faillites bancaires, une rĂ©cession mondiale, une poussĂ©e du chĂŽmage et des inĂ©galitĂ©s –, et notre Ă©tude montre que l’ampleur du risque des actifs fossiles est sous-estimĂ©e par les milieux ce contexte, la dĂ©valorisation des actifs fossiles dĂ©tenus par les banques qui accompagnera l’inĂ©vitable transition Ă©cologique, pourrait produire d’importantes turbulences voire gĂ©nĂ©rer une nouvelle crise financiĂšre. La perte de valeur plus ou moins rapide enregistrĂ©e par les banques pourrait aller jusqu’à les mettre en situation de faillite s’il s’avĂ©rait que leurs fonds propres – volume de capitaux dĂ©tenu par les banques visant Ă  leur fournir un matelas de sĂ©curitĂ© en cas de coup dur – sont insuffisants pour l’absorber et que les mĂ©canismes d’assurance ne suffisent plus. Ce contexte est le mĂȘme que pour la crise des subprimes, oĂč les banques, refusant pendant de longs trimestres d’ouvrir les yeux sur la catastrophe Ă  venir, ont fait exploser une situation pourtant Ă©vitable, aboutissant Ă  de nombreuses faillites bancaires, dont celle de Lehman Brothers – 4Ăšme plus importante banque d’affaire des Etats-Unis de l’ Ă©tude se propose d’évaluer ces risques financiers liĂ©s au climat pour les grandes banques de la zone euro, afin de promouvoir une gestion anticipĂ©e des stocks d’actifs fossiles compatible avec la prĂ©servation de l’environnement comme de la stabilitĂ© du systĂšme banques de la zone euro, au bord d’un gouffre invisibleNotre Ă©tude approfondie des 11 principales banques de la zone euro rĂ©vĂšle qu’elles cumulent un stock de plus de 530 milliards d’euros d’actifs liĂ©s aux Ă©nergies fossiles, soit 95 % du total de leurs fonds actifs reprĂ©sentent pour toutes les banques Ă©tudiĂ©es une part trĂšs importante de leurs fonds propres[4], allant de 68 % pour Santander Ă  131 % pour CrĂ©dit Agricole. Ceci est d’autant plus grave que ces actifs fossiles ne reprĂ©sentent que la face Ă©mergĂ©e de l’iceberg gigantesque formĂ© par tous les secteurs qui nĂ©cessiteront forcĂ©ment une transi- tion – aĂ©ronautique, automobile, pĂ©trochimie, etc. On ne peut donc pas exclure un effet boule de neige » menant Ă  une le scĂ©nario dans lequel une perte de 80 % de la valeur des actifs fossiles serait constatĂ©e, les fonds propres de CrĂ©dit Agricole [5] et SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale – respectivement 3Ăšme et 4Ăšme plus grandes banques Ă©tudiĂ©es – basculeraient dans le rouge, et ceux de la Deutsche Bank et de Com- merzbank seraient quasiment Ă©puisĂ©s. Toutes les banques verraient leur capacitĂ© Ă  financer la transition Ă©cologique trĂšs fortement affectĂ©e. Et dans le pire des cas, si la valeur de ces actifs fossiles tombait Ă  zĂ©ro, 5 d’entre elles – dont 3 des 5 plus importantes – n’auraient pas suffisamment de fonds propres pour essuyer leurs la dĂ©valorisation des actifs fossiles promet de s’étaler sur plusieurs annĂ©es. Cela pourrait laisser aux banques une fenĂȘtre d’opportunitĂ© pour engager une transition rapide et profonde de leurs activitĂ©s. Encore faudrait-il pour cela que le secteur bancaire, conscient qu’une telle transformation lui serait dĂ©savantageuse, consente Ă  cesser de freiner Ă  tout prix la mutation nĂ©cessaire de nos Ă©conomies et adapte en consĂ©quence son business ces conclusions interviennent alors que les banques continuent au contraire d’accorder de nouveaux soutiens aux Ă©nergies fossiles. Selon le rapport Banking On Climate Chaos 2021, les 11 banques Ă©tudiĂ©es auraient ainsi accordĂ©s 95 milliards d’euros de financements supplĂ©mentaires – prĂȘts, Ă©missions d’actions et d’obligations – rien qu’en 2019 [6]. Par ailleurs, alors mĂȘme que plusieurs banques de ce classement sont parmi celles qui possĂšdent les politiques sectorielles les plus avancĂ©es au monde sur les Ă©nergies fossiles, nos rĂ©sultats rĂ©vĂšlent le caractĂšre encore trĂšs partiel de ces engagements volontaires et laissent prĂ©sager d’une exposition aussi – voire bien plus – forte hors de l’Europe. Ainsi, si cette dynamique ne s’inverse pas, et en l’absence de rĂ©glementation financiĂšre adaptĂ©e, les stocks d’actifs fossiles continueront d’augmenter et les risques financiers avec lors de la crise des subprimes de 2008, les risques colossaux pris par les banques pour s’assurer des bĂ©nĂ©fices Ă  court terme pourraient devenir le fardeau des États, des citoyens, et en premier lieu des plus prĂ©caires et vulnĂ©rables qui sont dĂ©jĂ  les plus touchĂ©s par le changement climatique[7]. Une intervention politique forte aux niveaux national et europĂ©en est dĂšs lors indispensable et urgente, afin de briser cette tragĂ©die des horizons »[8] et mettre enfin la finance au service de la transition seule solution la rĂ©glementationLes banques, dĂ©jĂ  gangrenĂ©es par les actifs fossiles, entre- tiennent activement l’infection en faisant continuellement entrer de nouveaux actifs fossiles dans leur bilan. En effet, tant que la transition Ă©nergĂ©tique n’est pas encore clai- rement engagĂ©e, le risque financier de ces futurs actifs Ă©chouĂ©s ne se reflĂšte pas encore dans leur prix. Au regard des risques climatiques et financiers que fait peser cette addiction aux Ă©nergies fossiles, des actions politiques s’imposent pour 1 stopper la progression des mĂ©tastases et 2 Ă©radiquer totalement la maladie pour soigner les s’agit d’abord d’arrĂȘter de financer tout nouvel investis- sement dans le secteur des Ă©nergies fossiles – partie III. Ce mouvement demande l’arrĂȘt des soutiens indirects offerts par la politique monĂ©taire au secteur et une adaptation de la rĂ©glementation nationale et europĂ©enne pour tenir compte des dangers du secteur pour l’environnement et la stabilitĂ© financiĂšre, notamment via L’exclusion des actifs fossiles des rachats d’actifs Quantitative easing et de la liste des collatĂ©raux de la Banque centrale europĂ©enne BCE, prĂ©cĂ©dant un alignement de l’ensemble des opĂ©rations de la banque centrale sur l’Accord de lĂ©gal des soutiens accordĂ©s par les acteurs financiers aux Ă©nergies fossiles, contrĂŽlĂ©s et sanctionnĂ©s par la puissance rĂ©glementation et rĂ©gulation financiĂšre qui tient pleinement compte des risques associĂ©s aux finance- ments des Ă©nergies fossiles avec une augmentation des exigences de capitaux, la crĂ©ation ou l’ajustement de coussin de risques systĂ©miques spĂ©cifiques, le ren- forcement des obligations de garanties des banques et l’encadrement de la titrisation des actifs fois ces conditions remplies, il sera nĂ©cessaire d’assainir la situation financiĂšre des banques – partie IV. Leurs bilans surchargĂ©s » en actifs fossiles feraient perdurer le risque de crise. Surtout, ils continueraient Ă  ralentir le financement de la transition Ă©cologique en bloquant des fonds importants dans des secteurs vouĂ©s Ă  de la Banque centrale europĂ©enne BCE – via la crĂ©ation d’une fossil bank » europĂ©enne – sera selon nous nĂ©cessaire pour libĂ©rer les banques de ce poids. Une structure de dĂ©faisance spĂ©cifique, financĂ©e par les achats d’actifs de la BCE, rachĂšterait alors une part significative des actifs fossiles des banques engagĂ©es dans la sortie des Ă©nergies fossiles, et opĂ©rerait leur extinction progressive. Si l’opĂ©ration prĂ©sente de rĂ©elles difficultĂ©s de mise en place, et exigerait sans aucun doute un soutien politique fort, elle prĂ©sente des avantages multiples comme l’amorçage d’une sortie progressive des Ă©nergies fossiles dans une dĂ©marche de transition juste, la diminution drastique des impacts climatiques et du risque de crise, et la libĂ©ration de financements massifs pour la transition assumant les erreurs commises par le passĂ©, en agissant de maniĂšre efficace et coordonnĂ©e, les pouvoirs publics et les institutions financiĂšres peuvent Ă©viter une nouvelle crise financiĂšre systĂ©mique tout en enrayant les dĂ©rĂšgle- ments climatiques. Une dynamique vertueuse qui ne peut malheureusement plus sur les traces des actifs fossiles des banques Notre Ă©tude s’intĂ©resse aux 11 principales banques de la zone euro BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole SA, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, Banque Populaire Caisse d’Epargne BPCE, Deutsche Bank, Commerzbank, UniCredit, Intesa Sanpaolo, Santander, BBVA et identifie les actifs financiers liĂ©s aux Ă©nergies fossiles dĂ©tenus par les banques. Ces actifs fossiles » reprĂ©sentent l’ensemble des outils financiers de crĂ©dits et d’investissements liĂ©s Ă  l’exploration, Ă  l’exploitation, Ă  la distribution des ressources de charbon, pĂ©trole et gaz, ou Ă  la production d’électricitĂ© Ă  partir de ces sources. Ils sont comparĂ©s Ă  leurs fonds propres, indicateurs de la capacitĂ© des banques Ă  absorber les pertes en cas de donnĂ©es proviennent des documents officiels des banques et de leurs bilans consolidĂ©s. Lorsque l’information n’était pas fournie par les banques, nous avons appliquĂ© des clĂ©s de rĂ©partition que nous avons construites grĂące Ă  des informations sectorielles, Ă©conomiques et financiĂšres afin de distinguer la part des actifs fossiles dans les actifs crĂ©dits et d’ donnĂ©es ont Ă©tĂ© transmises aux banques, qui ont pu, si elles le souhaitaient, apporter des rectifications. Cette mĂ©thodologie a Ă©tĂ© co-construite avec plusieurs spĂ©cialistes, dont des consultants du cabinet description complĂšte de la mĂ©thodologie est disponible en 1 Des banques rongĂ©es par les actifs fossilesUn stock » fossile colossalLes 11 banques europĂ©ennes Ă©tudiĂ©es allouent 532 milliards d’euros d’actifs aux Ă©nergies fossiles – crĂ©dits et produits de marchĂ© –, alors que ces Ă©nergies fossiles sont responsables de la majoritĂ© des Ă©missions mondiales de CO2 mondiales[9]. Ces actifs sont donc stockĂ©s » dans les bilans bancaires pour des durĂ©es variables, pouvant s’étaler sur de nombreuses d’autres termes, l’équivalent du produit intĂ©rieur brut PIB nominal de la Belgique – 530 milliards d’euros en 2019 Direc- tion gĂ©nĂ©rale du TrĂ©sor, 2018, Indicateurs et Conjoncture, fiche pays » – d’actifs fossiles est dĂ©tenu par ces quelques banques europĂ©ennes. Si la totalitĂ© des stocks fossiles de ces banques Ă©tait investie dans l’énergie solaire, elle permettrait d’augmenter de 618 GW la capacitĂ© mondiale installĂ©e[10], soit plus de 20 % de la capacitĂ© mondiale d’énergies renouvelables en 2020 et plus de deux fois la capacitĂ© nouvelle créée sur cette mĂȘme annĂ©e[11].Les stocks fossiles des banques varient entre 28 et 80 milliards d’euros. Sur les 11 banques Ă©tudiĂ©es, 7 dĂ©tiennent chacune plus de 45 milliards d’actifs fossiles. À elles seules, BNP Paribas et CrĂ©dit Agricole SA cumulent 151 milliards d’euros d’actifs fossiles, soit prĂšs de 30 % des actifs actifs fossiles freins Ă  la transition aujourd’hui, actifs Ă©chouĂ©s demain Tout nouvel investissement dans les Ă©nergies fossiles crĂ©e un actif financier dont la valeur repose sur un modĂšle Ă©conomique incompatible avec un monde Ă  + 1,5 °C ou mĂȘme + 2 °C. Il en dĂ©coule que tous les actifs fossiles subiront des pertes de valeur brutales ou totales avec la transition, devenant Ă  plus ou moins long terme des actifs Ă©chouĂ©s »[12]. Ce risque est depuis quelques annĂ©es sur toutes les lĂšvres, et notamment celles de l’ex-Gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney. Celui-ci dĂ©clarait en 2015 que respecter le budget carbone fixĂ© par le GIEC rendrait la vaste majoritĂ© des rĂ©serves de pĂ©trole, gaz et charbon Ă©chouĂ©e », et alertait sur l’exposition potentiellement Ă©norme des investisseurs britanniques Ă  ces risques climatiques[13].Face Ă  cette Ă©ventualitĂ©, les entreprises et acteurs financiers qui dĂ©tiennent des quan- titĂ©s massives d’actifs fossiles pourraient avoir tendance Ă  retarder la transition, alors mĂȘme que ces Ă©nergies ne sont plus com- pĂ©titives. En effet, d’aprĂšs l’IRENA[14], de 75 Ă  80 % de l’énergie Ă©olienne terrestre et du solaire mis en service en 2020 Ă  la suite d’enchĂšres ou d’appels d’offres permettent dĂ©jĂ  la production d’électricitĂ© Ă  des prix infĂ©rieurs Ă  toute alternative acteurs financiers le soulignent ils devraient naturellement ĂȘtre conduits Ă  se dĂ©tourner des actifs fossiles. Selon Jean Raby, directeur gĂ©nĂ©ral de Natixis Investment Managers il est inĂ©vitable que les combustibles fossiles attirent de moins en moins de capitaux, car ils sont de moins en moins perçus comme une source de croissance future, et il existe de rĂ©els risques liĂ©s Ă  la rĂ©glementation et aux actifs Ă©chouĂ©s. [
] Notre message Ă  l’industrie est que si vous ne positionnez pas votre entre- prise pour la transition inĂ©vitable vers une Ă©conomie sobre en carbone, vous attirerez moins d’investisseurs.»[15]. Ce message est aussi celui de l’investisseur Engine n°1 lors- qu’il indique qu’Exxon Mobil est face Ă  un risque existentiel » en refusant d’établir un plan crĂ©dible de transition[16]. ProblĂšme ce mouvement naturel » est loin d’ĂȘtre visible aujourd’hui. Les acteurs financiers – dont Natixis Investment Managers[17] – continuent de soutenir des entreprises qui sont aux antipodes de la transition inĂ©vitable vers une Ă©conomie sobre en carbone. Comme l’explique GaĂ«l Giraud dans Illusion finan- ciĂšre[18], le systĂšme financier peut ĂȘtre trĂšs incohĂ©rent, ce qui explique les crises financiĂšres. Les actifs fossiles semblent en ĂȘtre une preuve supplĂ©mentaire
Une addiction inĂ©branlableÀ l’instar d’un fumeur qui n’arrive pas Ă  arrĂȘter la cigarette, les banques sont dĂ©pendantes aux Ă©nergies fossiles. MalgrĂ© les dĂ©gĂąts qu’elle gĂ©nĂšre, cette dĂ©pendance ne se rĂ©duit pas. Selon le rapport Banking On Climate Chaos 2021, les 11 banques Ă©tudiĂ©es ont encore financĂ© Ă  hauteur de 95 milliards d’euros les Ă©nergies fossiles en 2019[19]. LĂ  encore, les 3 banques françaises BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole et SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale se distinguent en totalisant 49 milliards d’euros de de financements fossiles sur l’annĂ©e. De mĂȘme, un rapport des Amis de la Terre France et d’Oxfam France de mai 2021 dĂ©montre que les grandes banques françaises ont soutenu massivement les entreprises des Ă©nergies fossiles au cours de la crise du Covid-19, quitte Ă  augmenter encore un peu plus leur exposition et leur dĂ©pendance Ă  ces secteurs risquĂ©s[20].Alors que les banques françaises et UniCredit sont considĂ©- rĂ©es comme celles qui possĂšdent les meilleures politiques sectorielles au monde[21], elles continuent d’investir dans les Ă©nergies fossiles et possĂšdent un stock d’actifs fossiles s’élevant Ă  323 milliards d’euros. Ces chiffres montrent clairement l’insuffisance d’une approche dans laquelle les dĂ©cideurs se contentent d’attendre que les acteurs finan- ciers s’auto-rĂ©gulent et alignent d’eux-mĂȘmes leurs finance- ments sur les objectifs climatiques. Comme toute addiction dangereuse, l’arrĂȘt peut s’avĂ©rer difficile et nĂ©cessiter un accompagnement risque de dĂ©stabilisation rĂ©elAu-delĂ  de ses consĂ©quences environnementales dĂ©sas- treuses, l’addiction des banques aux Ă©nergies fossiles risque de sĂ©rieusement nuire Ă  leur santĂ© financiĂšre. Les actifs fossiles de ces 11 banques de la zone euro reprĂ©sentent l’équivalent de 95 % de l’ensemble de leurs fonds propres. Le ratio actifs fossiles sur fonds propres varie de 68 % pour Santander Ă  131 % pour CrĂ©dit Agricole[22]. Toutes les banques sans exception devraient mobiliser une part trĂšs significative de leurs fonds propres pour absorber une baisse de la valeur des actifs fossiles qu’elles il existe un vĂ©ritable risque que les actifs fossiles deviennent des actifs Ă©chouĂ©s, dont plus personne ne voudrait du fait de leur faible potentiel de prise de valeur et/ou leur mauvaise rĂ©putation. Les actifs fossiles vont de plus en plus cumuler ces deux tares[23]. Comme le souligne notamment Carbon Tracker, la dĂ©valorisation des actifs fossiles apparaĂźt alors comme une consĂ©quence logique des processus de transition en cours et dĂ©coule du fait que la consommation des rĂ©serves d’énergies fossiles exploi- tĂ©es est incompatible avec le budget carbone disponible[24]. Ainsi, il serait mĂȘme souhaitable pour la planĂšte que ces actifs deviennent Ă©chouĂ©s aussi rapidement que possible. Face Ă  la chute du prix des Ă©nergies renouvelables, de nombreuses centrales Ă  charbon ne sont dĂ©jĂ  plus com- pĂ©titives et la quasi-totalitĂ© d’entre elles ne devrait plus l’ĂȘtre d’ici 2030[25]. MĂȘme le gaz fossile, longtemps prĂ©servĂ©, est concernĂ©[26] les projets gaziers europĂ©ens reposent sur une augmentation de la consommation aux antipodes des objectifs climatiques de l’Union et crĂ©ent 87 milliards d’euros d’actifs Ă©chouĂ©s potentiels[27].Ces changements impactent logiquement les acteurs financiers. La chute des prix du pĂ©trole en 2020 avait entraĂźnĂ© une chute des valeurs boursiĂšres d’Exxon Mobil de 35 %, Shell et BP de 40 % et de Total de 20 %[28]. BlackRock, principal gestionnaire d’actif au monde, a dĂ©clarĂ© avoir perdu 90 milliards de dollars en dix ans Ă  cause des actifs fossiles[29]. Le freinage de l’expansion continue des pĂ©trole et gaz de schiste nord-amĂ©ricain, permis par une injonction permanente de capital, a entraĂźnĂ© de fortes pertes pour les grandes banques comme Wells Fargo[30]. Ces premiers exemples sont symptomatiques d’une vulnĂ©rabilitĂ© glo- bale. L’assureur Swiss Re indique qu’une taxe carbone Ă  100 dollars la tonne entraĂźnerait une baisse des revenus des entreprises du secteur de l’énergie de 40 Ă  presque 80 % suivant les zones gĂ©ographiques et toucherait par- ticuliĂšrement les rĂ©serves d’énergies fossiles, avec des pertes de crĂ©dit pour les seules activitĂ©s de production d’électricitĂ©, de pĂ©trole et de gaz entre 50 et 300 milliards de dollars, et une probabilitĂ© de non remboursement qui pourrait doubler voir tripler[31].Si l’on prend comme hypothĂšse une perte de 80 % de la valeur des actifs fossiles Ă  pĂ©rimĂštre de fonds propres inchangĂ©s, CrĂ©dit Agricole et SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale – respectivement 3Ăšme et 4Ăšme plus grandes banques Ă©tudiĂ©es – n’auraient pas assez de fonds propres pour absorber les pertes. Les fonds propres de la Deutsche Bank et de Commerzbank seraient quasiment Ă©puisĂ©s. Ce scĂ©nario de pertes s’élevant Ă  80 % peut notamment ĂȘtre rapportĂ© au fait que – d’aprĂšs Carbon Tracker – 84 % des rĂ©serves d’énergies fossiles explorĂ©es ne devraient pas ĂȘtre consommĂ©es pour permettre de mainte- nir le rĂ©chauffement climatique Ă  ainsi qu’aux chutes brutales de valeur enregistrĂ©es lors de la crise des le pire des cas, 5 banques – CrĂ©dit Agricole, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, Deutsche Bank, Commerzbank et UniCredit – n’auraient pas les fonds propres pour essuyer leurs pertes si la valeur des actifs fossiles chutait Ă  zĂ©ro. BNP Paribas les suivrait de trĂšs prĂšs, ses actifs fossiles atteignant 99 % de ses fonds Ă©lĂ©ments mettent en lumiĂšre Ă  la fois la surexposition des banques aux Ă©nergies fossiles et l’incapacitĂ© de la rĂ©gulation financiĂšre actuelle Ă  prendre en compte les risques financiers qu’ils reprĂ©sentent. Cela est d’autant plus inquiĂ©tant que notre Ă©tude se concentre uniquement sur la partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg, les actifs intrinsĂšquement liĂ©s Ă  la chaĂźne de valeur de l’industrie fossile. Nous ne prenons pas en compte les autres secteurs indirectement associĂ©s, auxquels les banques europĂ©ennes sont encore davantage exposĂ©es. On ne peut donc pas exclure un effet boule de neige » qui ferait basculer le systĂšme financier en situation de crise systĂ©mique si les secteurs tels que l’aviation, l’automobile ou la pĂ©trochimie, Ă©taient Ă  leur tour pris dans un engrenage de perte de valeur de la crise des subprimes Ă  la crise Ă©conomique et sociale Lors de la crise des subprimes, il n’avait fallu que quelques mois Ă  de nombreuses banques et acteurs financiers trĂšs exposĂ©s aux actifs subprimes pour voir leur valeur fondre de plus de 80 % en 2007 et 2008, car les subprimes Ă©taient devenus des actifs Ă©chouĂ©s. Pour certains acteurs, ce fut pire, comme par exemple pour les banques Bear Stearns – baisse de plus de 98 % dans les 12 mois prĂ©cĂ©dant son rachat en mars 2008 par JP Morgan Chase – ou Lehman Brothers – plus de 90 % de baisse entre mai et septembre 2008, avant sa en plus d’une chute du marchĂ© immobilier, le systĂšme financier s’est alors grippĂ©, entraĂźnant de nombreuses faillites bancaires sur tous les continents. Les États et banques centrales avaient alors dĂ» inter- venir massivement en catastrophe pour mettre fin Ă  une rĂ©action en chaĂźne qui Ă©branla l’ensemble du systĂšme financier. Les seuls États europĂ©ens avaient dĂ©pensĂ© 747 milliards d’euros de 2008 Ă  2015 pour secourir les banques, dont au moins 213 milliards ont Ă©tĂ© crise des subprimes, au dĂ©part limitĂ©e Ă  l’immobilier et Ă  la finance, a fortement impactĂ© la consommation des mĂ©nages et l’investissement, notamment par le resserrement des conditions de crĂ©dit du fait de la fragilitĂ© des banques. En a rĂ©sultĂ© une rĂ©cession globalisĂ©e, avec une baisse de 2,2 % du PIB mondial, Ă  un commerce international en chute libre et Ă  plusieurs pays en grande difficultĂ© comme l’Islande, l’Ukraine, l’Argentine ou l’Irlande. La crise, d’abord financiĂšre, a rapidement laissĂ© place Ă  des annĂ©es de crise Ă©conomique et sociale. Elle a notamment créé plusieurs millions de chĂŽmeurs supplĂ©mentaires, dont 800 000 en France, oĂč le nombre de chĂŽmeurs de longue durĂ©e a bondi, frappant en premier lieu les plus fragiles – ouvriers, non-diplĂŽmĂ©s, habitants des zones urbaines sensibles, immigrĂ©s[34]. Si les banques peuvent faire appel Ă  d’autres outils – et notamment des assurances – pour limiter leurs pertes et Ă©viter la faillite dans les scĂ©narios discutĂ©s, ceux-ci ne disent rien de leur prĂ©paration Ă  ces risques et ouvrent la porte Ă  une propagation des pertes auprĂšs d’autres acteurs financiers. Par ailleurs, la capacitĂ© des mĂ©ca- nismes d’assurance Ă  soutenir les banques en cas de forte diminution de la valeur des actifs fossiles est incertaine. En effet, ces pertes toucheraient simultanĂ©ment les assureurs eux-mĂȘmes – qui dĂ©tiennent eux aussi ces actifs et assurent directement des entreprises et projets fossiles – et l’ensemble des acteurs financiers qu’ils assurent. Les assureurs en dernier recours » des banques seraient alors les Etats – et donc les contribuables -, une situation qui doit absolument ĂȘtre sĂ»r, il est trĂšs peu vraisemblable qu’un tel scĂ©nario catastrophe se produise en quelques semaines. La dĂ©valorisation des actifs fossiles devrait ĂȘtre progressive compte tenu de la place cruciale qu’ils continuent d’occuper. Toutefois, quand bien mĂȘme la perte de valeur de ces actifs devait s’étaler sur plusieurs annĂ©es, le risque que ce rapport entend mettre en avant resterait inchangĂ© en l’état actuel des fonds propres bancaires, la poursuite du business as usual a fort peu de chances de permettre aux principales banques de la zone euro de faire face Ă  une une dĂ©gradation de la valeur des actifs fossiles dĂ©gradation. De plus, dans la mesure oĂč lesdites banques sont trĂšs conscientes de la gravitĂ© de ce risque Ă  moyen et long terme, il est probable qu’elles rai- sonnent dĂšs aujourd’hui par backward induction, autrement dit qu’elles freinent autant que faire se peut la transition Ă©cologique en vue de gagner du temps. C’est aussi ce danger que nous voulons mettre en lumiĂšre dans ce Ă  ce constat, certains ne manqueront pas de brandir le dĂ©veloppement de la finance verte ». Il a nĂ©anmoins Ă©tĂ© montrĂ©, notamment par Alain Grandjean et Julien Lefournier, que la finance verte telle qu’elle est pratiquĂ©e aujourd’hui est malheureusement, avant tout, du greenwashing[35]. Ceci ne doit plus nous surprendre si nous comprenons que ces pratiques sont autant de maniĂšres de gagner du temps face Ă  une Ă©chĂ©ance inĂ©luctable et qui, comme nous le montrons ici, signifierait la fin d’une trĂšs large part de l’activitĂ© bancaire en zone 2 La finance verte une fausse solutionLa finance verte en vogueDepuis l’adoption de l’Accord de Paris, la finance verte est sur toutes les lĂšvres et dans toutes les communications. La COP21 a marquĂ© le coup d’envoi d’une myriade de grands rendez-vous internationaux – One Planet Summits et Climate Finance Days – avec l’ambition affichĂ©e de mobiliser l’industrie financiĂšre au service du climat. Les institutions financiĂšres, mais aussi les banques centrales et les gouvernements, ont multipliĂ© les annonces au rythme de ces dynamique s’est notamment traduite par l’apparition d’un grand nombre de labels de durabilitĂ© et de produits financiers Ă©tiquetĂ©s socialement et environnementalement responsables. Les fonds dits ESG » – Environnement, Social, Gouvernance – enregistrent ainsi une forte croissance, tant en nombre qu’en volume global collectĂ©. En France, les encours de l’investissement responsable ont atteint 1 860 milliards d’euros fin 2019, en augmentation de 27 % par rapport Ă  2018[36]. En Europe, 250 fonds ont Ă©tĂ© renommĂ©s ESG rien qu’en parallĂšle, le marchĂ© des obligations vertes est passĂ© de 8,4 milliards d’euros en 2013 Ă  217 milliards d’euros en 2019, franchissant fin 2020 la barre des 1 000 milliards de dollars d’émissions cumulĂ©es[37]. De nouvelles obligations durables » sont apparues, comme les sustainability-linked bonds » liĂ©s Ă  des indicateurs ESG fixĂ©s par l’ grand nombre d’acteurs financiers ont aussi pris de pre- miĂšres mesures de retrait – gĂ©nĂ©ralement trĂšs partiel – de certains secteurs trĂšs Ă  risque pour le climat et les droits humains. Le premier secteur concernĂ© par ces engagements est celui du mouvement vers le durable se cantonne bien souvent Ă  de l’ parallĂšle, les acteurs financiers sont de plus en plus nombreux Ă  adopter une communication verte une publicitĂ© sur 8 diffusĂ©e dans la presse ou sur internet de janvier Ă  juillet 2020 par les acteurs financiers utilise l’argument de la finance durable pour promouvoir certains produits, inciter Ă  Ă©pargner ou attirer de nouveaux clients. C’était le cas d’une publicitĂ© sur douze en 2019[38].NĂ©anmoins, ce mouvement vers le durable se cantonne bien souvent Ă  de l’affichage. La stratĂ©gie des banques françaises resterait sur une trajectoire de rĂ©chauffement de + 4 °C, bien loin de l’objectif de + 1,5 °C inscrit Ă  l’Accord de Paris[39]. Plus de 5 ans aprĂšs la COP21, le dĂ©veloppement de la finance verte s’avĂšre dramatiquement insuffisant et beaucoup trop lent pour rĂ©pondre Ă  l’urgence de rĂ©orienter les flux le vert vire au noirSont notamment en cause des produits verts » peu efficaces et trompeurs, maquillant une rĂ©alitĂ© toute diffĂ©rente. Aucun socle lĂ©gal minimal n’existe pour les produits qui se prĂ©valent d’impacts environnementaux ou sociaux amĂ©liorĂ©s. Une dĂ©nomination durable ou verte n’est pas gage de qualitĂ© environnementale rĂ©elle. Par ailleurs, mĂȘme les labels les plus rĂ©pandus ne garantissent ainsi pas qu’un fonds exclut les Ă©nergies fossiles ou soit compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris. 94 % des fonds labellisĂ©s investissement socialement responsable » ISR Ă©tudiĂ©s par l’ONG Reclaim Finance[40] financent des entreprises aux pratiques environnementales et sociales nocives – parmi elles, les multinationales Total, Amazon ou Bayer. Les entreprises des Ă©nergies fossiles peuvent reprĂ©senter jusqu’à 22 % d’un fonds labellisĂ© ISR d’aprĂšs le cabinet de conseil Axylia[41].De mĂȘme, et lĂ  encore du fait d’un encadrement quasi inexistant, les obligations vertes peuvent malheureusement devenir un outil de greenwashing Ă  la disposition des grandes entreprises, avec la complicitĂ© des banques. Les obligations vertes ne reposent sur aucune dĂ©finition lĂ©gale, elles peuvent respecter des principes volontaires[42] mais rien ne les empĂȘche de financer des pro- jets nĂ©fastes pour l’environnement. Par ailleurs, ces obligations reposant uniquement sur une logique de projet use of proceeds , elles peuvent financer des entreprises Ă  l’impact climatique dĂ©sastreux, et ne sont pas clairement liĂ©es Ă  une baisse des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre[43]. Des obligations vertes ont permis de financer des projets massivement polluants, comme des projets charbon en Chine en 2019. Les nouveaux outils de financement dits durables sustainability-linked sont tout aussi peu encadrĂ©s et dĂ©finis, ouvrant la porte Ă  des abus manifestes comme le montre le cas de l’entreprise pĂ©troliĂšre et gaziĂšre les promesses de transition, les produits les plus Ă©vidents et promus de la finance verte continuent Ă  capter des capitaux pour alimenter les secteurs polluants et l’industrie des Ă©nergies vert, une goutte d’eau dans un ocĂ©an d’énergies fossilesAu-delĂ  de ses problĂ©matiques de financement du vert, la finance s’avĂšre incapable de tourner le dos aux causes des dĂ©rĂšglements climatiques. Au contraire, les banques internationales ont massivement accordĂ© de nouveaux financements – nouveaux crĂ©dits, nouvelles Ă©missions d’actions et d’obligations – aux entreprises des secteurs du charbon, du pĂ©trole et du gaz. Le rapport Banking On Climate Chaos 2021[45] dĂ©voile que les 11 grandes banques de la zone euro Ă©tudiĂ©es ont financĂ© Ă  elles seules pour 495 milliards d’euros les Ă©nergies fossiles depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat. Les banques françaises sont les pires Ă©lĂšves de cette classe de cancres depuis la COP21, elles ont augmentĂ© chaque annĂ©e leurs financements aux Ă©nergies fossiles, pour devenir en 2020 leur premier soutien europĂ©en, dĂ©passant mĂȘme les banques 11 banques n’ont pas mĂȘme renoncĂ© Ă  accompagner le dĂ©veloppement des industries les plus dangereuses. Seules 5 d’entre elles – BNP Paribas, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, CrĂ©dit Agricole, BPCE, UniCredit – se sont engagĂ©es Ă  ne plus soutenir les entreprises qui construisent de nouvelles centrales et mines de charbon[46] et aucune d’entre elles n’a fait de mĂȘme pour les hydrocarbures, y compris les hydrocarbures banques favorisent encore aujourd’hui les Ă©nergies fossiles sur les Ă©nergies renouvelables. En 2018, Oxfam France[47] montrait que sur 10 euros prĂȘtĂ©s par les banques françaises au secteur Ă©nergĂ©tique, 7 euros vont aux Ă©ner- gies fossiles contre 2 euros aux Ă©nergies renouvelables. Les majors pĂ©troliĂšres et gaziĂšres massivement soutenues par les banques continuent de dĂ©velopper de nouvelles rĂ©serves et – malgrĂ© leurs grands discours – sont bien loin d’initier une transition permettant le respect de l’Accord de Paris[48]. Une analyse de Carbon Tracker montre qu’en mars 2020 58 %, 66 %, 85 % et 88 % des nouvelles dĂ©penses d’investissement respectives de Total, Shell, Equinor et Exxon n’étaient pas compatibles avec un scĂ©nario de l’Agence internationale de l’énergie AIE qui vise pourtant un rĂ©chauffement dĂ©pas- sant 1,5 °C[49].Dans ce contexte, les engagements de neutralitĂ© carbone des entreprises comme des acteurs financiers cachent de dangereuses failles[50] et omissions qui permettent le dĂ©ve- loppement continue d’activitĂ©s nĂ©fastes. Ces dĂ©clarations reposent bien souvent sur des scĂ©narios climatiques qui surestiment les possibilitĂ©s d’émissions nĂ©gatives pour mĂ©nager les Ă©nergies fossiles[51]. Les initiatives climatiques mises en place par les acteurs financiers eux-mĂȘmes – comme la Net Zero Asset Owner Initiative[52] ou la Paris Aligned Investment Initiative[53] – prĂ©sentent Ă  ce stade les mĂȘmes en dĂ©pit des belles promesses de la finance verte, les banques dĂ©jĂ  gangrenĂ©es par les actifs polluants entre- tiennent elles-mĂȘmes activement l’infection, en faisant continuellement entrer de nouveaux actifs fossiles Ă  leur bilan. Au regard des risques climatiques et financiers que fait peser cette addiction aux Ă©nergies fossiles, des actions politiques s’imposent pour 1 stopper la progression des mĂ©tastases et 2 Ă©radiquer totalement la 3 PremiĂšre Ă©tape mettre fin Ă  la folie des fossilesNotre Ă©tude vient s’ajouter Ă  une littĂ©rature dĂ©jĂ  abondante qui montre la nĂ©cessitĂ© de mettre fin au dĂ©veloppement des Ă©nergies fossiles pour sauver la planĂšte[54] comme pour protĂ©ger le systĂšme financier[55]. ArrĂȘter de financer tout nouvel investissement dans le secteur des Ă©nergies fossiles doit ĂȘtre une prioritĂ©. Pour cela, miser uniquement sur la bonne volontĂ© des banques est un mauvais calcul qui a dĂ©jĂ  prouvĂ© son initier ce mouvement, il est nĂ©cessaire de changer le cadre structurel du systĂšme financier en arrĂȘtant les soutiens indirects offerts par la politique monĂ©taire au secteur des Ă©nergies et en adaptant la rĂ©glementation nationale et europĂ©enne pour tenir compte des dangers des Ă©nergies fossiles pour l’environnement et la stabilitĂ© financiĂšre. Plus globalement, il s’agit d’aligner progressivement les cadres de la finance sur les objectifs de l’Accord de politique monĂ©taire qui s’aligne sur l’Accord de ParisEn 2020, la Banque centrale europĂ©enne BCE a lancĂ© un processus de rĂ©vision stratĂ©gique » qui doit permettre d’examiner la maniĂšre dont elle remplit son mandat et de mieux intĂ©grer les enjeux climatiques. Ce processus doit se clore en septembre 2021 et offre l’opportunitĂ© de mettre les opĂ©rations de la BCE en cohĂ©rence avec les objectifs climatiques europĂ©ens. Il revĂȘt une importance d’autant plus forte que la rĂ©ponse globale de la BCE Ă  la crise du Covid-19 devrait excĂ©der les 5 000 milliards d’euros – en liquiditĂ©s, achats d’actifs et relĂąchements prudentiels sur 2020-2022 – et bĂ©nĂ©ficie fortement aux entreprises Ă  trĂšs forte intensitĂ© carbone[56].Qu’est-ce que la BCE ?Depuis 1998, la BCE a pour objectif principal de contrĂŽler le niveau d’inflation au sein de la zone euro. Pour atteindre cet objectif de “stabilitĂ© des prix”, elle possĂšde plusieurs outils conventionnels, utilisant les taux d’intĂ©rĂȘts, ainsi que des outils non-conventionnels, notamment les rachats d’ac- tifs – ou quantitative easing –, qui se sont dĂ©veloppĂ©s pour rĂ©pondre aux crises lors des- quelles l’efficacitĂ© des outils conventionnels s’est avĂ©rĂ©e limitĂ©e. Par ailleurs, la BCE a pour objectif secondaire de contribuer Ă  l’atteinte des objectifs de l’Union EuropĂ©enne. La BCE exerce aussi une fonction importante dans le maintien de la stabilitĂ© financiĂšre RĂ©nover la neutralitĂ© de marchĂ© »La BCE conduit ses opĂ©rations monĂ©taires en suivant le principe de neutralitĂ© de marchĂ© »[57]. Celui-ci vise Ă  mini- miser l’impact de ses opĂ©rations sur le marchĂ© et Ă  Ă©viter toute distorsion, mais la conduit dans les faits Ă  adopter un biais pro-carbone et Ă  soutenir les entreprises les plus polluantes, dont celles des Ă©nergies fossiles. Pourtant, ce principe n’est pas une obligation lĂ©gale pour la banque et ses fondements reposent sur l’idĂ©e trompeuse que les opĂ©- rations monĂ©taires sont des dĂ©cisions par essence objective, qui ne doivent pas influer le marchĂ©[58].Plusieurs dirigeants de la BCE ont ouvert la porte Ă  une rĂ©vision[59] de ce principe qui s’oppose Ă  l’objectif de neu- tralitĂ© carbone de l’Union europĂ©enne. En prĂ©servant la neutralitĂ© de marchĂ© » actuelle, la BCE ignore son man- dat secondaire – pourtant obligatoire[60] – qui requiert de contribuer Ă  l’atteinte des objectifs de l’Union. En acceptant massivement les actifs fossiles dans ses opĂ©rations, elle favorise leur liquiditĂ© – et donc leur valorisation –, et met en danger[61] son mandat primaire de stabilitĂ© des prix. Le Gouverneur de la Banque centrale nĂ©erlandaise a ainsi soulignĂ© que la lutte contre le changement climatique, et donc l’objectif de limiter la hausse des tempĂ©ratures Ă  + 2 °C, pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un prĂ©alable[62] Ă  l’atteinte du mandat de stabilitĂ© des rĂ©pondre Ă  l’urgence climatique et ad minima ne pas Ă©chouer dans l’application de son mandat, la BCE doit donc modifier l’interprĂ©tation actuelle de la neutralitĂ© de marchĂ© pour permettre un alignement sur les objectifs climatiques europĂ©ens et ceux de l’Accord de Des opĂ©rations monĂ©taires qui s’alignent sur les objectifs climatiquesPlusieurs Ă©tudes ont montrĂ© que les achats d’actifs d’en- treprises de la BCE possĂšdent un biais favorable aux acti- vitĂ©s les plus carbonĂ©es. Ainsi, plus de 60 %[63] 64[64] des actifs d’entreprises rachetĂ©es via son quantitative easing » appartiennent Ă  des secteurs trĂšs Ă©metteurs de CO2. Ses achats soutiennent notamment 38 entreprises[65] du secteur des Ă©nergies fossiles, dont certaines – comme Shell et Total – sont impliquĂ©es dans des projets d’expansion[66]. Le biais carbone des achats d’actifs est dĂ©sormais reconnu[67] par la BCE elle-mĂȘme. En parallĂšle, la BCE autorise les banques Ă  dĂ©poser des actifs comme collatĂ©raux, pour se financer auprĂšs d’elle sans prendre en compte l’impact environ- nemental de ceux-ci, contribuant ainsi Ă  la valorisation de ces actifs. 59 % [68] des actifs acceptĂ©s par la banque proviendraient des secteurs Ă  trĂšs forte intensitĂ© BCE doit donc commencer par dĂ©carboner ses rachats d’actifs et ses collatĂ©raux. Si une approche fine, permettant l’ajustement de ces outils de politique monĂ©taire selon les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, est nĂ©cessaire, Ă  plus long terme, la BCE doit exclure les actifs des entreprises des Ă©nergies fossiles pour limiter les effets nĂ©gatifs de son intervention massive actuelle dans un contexte de crise. Comme le Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System NGFS le met en avant, les donnĂ©es financiĂšres nĂ©cessaires pour un alignement global des achats et collatĂ©raux sur l’Accord de Paris peuvent ne pas ĂȘtre immĂ©diatement utilisables et le recours Ă  des critĂšres facilement identifiables[69] – comme pour les Ă©nergies fossiles – est une premiĂšre Ă©tape qui crĂ©dibilise les annonces de la banque et envoie un signal fort aux acteurs financiers. Il s’agit aussi pour la BCE de ne pas accumuler progressivement les actifs fossiles, concentrant ainsi les risques Ă  son bilan sans contribuer Ă  une diminution des soutiens au secteur, et encore moins Ă  une diminution des risques associĂ©s chez les acteurs financiers ailleurs, avec la crise du Covid-19, la BCE a dĂ©cidĂ© d’octroyer des taux rĂ©duits – et mĂȘme nĂ©gatifs – aux banques qui accordent un certain volume de prĂȘts via ses opĂ©rations de refinancement de long terme TLTRO[70]. BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale et BPCE ont ainsi pu emprunter 379 milliards d’euros[71] au titre de ces opĂ©rations en 2020, rĂ©alisant au passage un profit s’élevant Ă  plusieurs centaines de millions d’euros, et continuent d’en profiter massivement en 2021[72]. Alors qu’elle n’est aujourd’hui soumise Ă  aucun critĂšre environnemental ou social, une telle mesure pourrait ĂȘtre utilisĂ©e pour orienter les prĂȘts vers des activitĂ©s durables. À titre exploratoire, la BCE devrait mettre en place un premier TLTRO vert[73] » flĂ©chĂ© vers la rĂ©novation thermique, une des prioritĂ©s environnementales de l’Union europĂ©enne qui gĂ©nĂšre des consĂ©quences Ă©cologiques et sociales trĂšs rĂ©glementation financiĂšre qui cesse d’ignorer la crise climatiqueAu-delĂ  de la politique monĂ©taire, c’est toute la rĂ©glemen- tation financiĂšre qui doit dĂ©sormais ouvrir les yeux sur les effets de la finance sur le climat et les risques du changement climatique pour sa stabilitĂ©. Sur ce front, la BCE a un rĂŽle Ă  jouer, mais son intervention ne sera pas suffisante. Elle devra s’accompagner de l’action de l’ensemble des rĂ©gu- lateurs financiers europĂ©ens et nationaux. Elle devra aussi laisser la place Ă  des textes de lois plus contraignants, seuls Ă  mĂȘme de garantir le changement radical des pratiques, nĂ©cessaire Ă  rĂ©pondre Ă  l’urgence Un encadrement strict des soutiens financiers aux Ă©nergies fossilesLes engagements volontaires et sectoriels des banques sont Ă  ce jour les seuls garde-fous existants pour limiter le soutien des acteurs financiers Ă  certaines industries nocives mais ils s’avĂšrent incapables d’empĂȘcher leur surexposition aux risques climatiques et financiers des actifs France, le gouvernement a demandĂ© en octobre 2018 aux acteurs financiers de prendre des engagements volon- taires pour mettre en Ɠuvre une sortie du charbon[74]. Presque deux ans aprĂšs, le rĂ©sultat est loin d’ĂȘtre suf- fisant de nombreux acteurs ont adoptĂ© des politiques sectorielles lacunaires[75] qui leur permettent de continuer Ă  financer le secteur et mĂȘme son dĂ©veloppement ; les autoritĂ©s de rĂ©gulation financiĂšre elles-mĂȘmes font État de niveaux d’ambitions et d’efforts consentis variables d’un Ă©tablissement Ă  l’autre[76]. De plus, ces engagements n’ont pas Ă©tĂ© synonyme de diminution des financements aux Ă©nergies fossiles[77] et leur non-respect n’est pas sanctionnĂ©[78] par les rĂ©gulateurs puisque ce sont des engagements volontaires. Le gouvernement français a lancĂ© fin 2020 un nouvel appel Ă  la Place de Paris, demandant aux acteurs financiers de se doter d’une stratĂ©gie de sortie des pĂ©trole et gaz non-conventionnels[79]. Absolument rien ne garantit lĂ  encore que cette simple demande soit suivie des actions est donc impĂ©ratif de cesser de parier uniquement sur l’inopĂ©rante auto-rĂ©gulation des banques, et d’encadrer dans la loi les activitĂ©s des acteurs financiers dans les Ă©nergies fossiles. Ces normes contraignantes doivent Ă  minima exiger des banques de mettre immĂ©diatement un terme Ă  tout soutien financier aux nouveaux projets[80] d’énergie fossile et aux entreprises qui les portent, et de se conformer Ă  un Ă©chĂ©ancier dĂ©taillĂ© de sortie des Ă©nergies fossiles compatible avec l’objectif de limiter le rĂ©chauffement Ă  1,5 °C[81]. La mise en Ɠuvre de ces mesures par les acteurs financiers doit ĂȘtre contrĂŽlĂ©e de maniĂšre indĂ©pendante par les autoritĂ©s de rĂ©gulation financiĂšre nationales et europĂ©ennes et assortie de sanctions financiĂšres dissuasives en cas de Des exigences de capitaux qui reflĂštent les risques supportĂ©s en soutenant les Ă©nergies fossilesLa rĂ©glementation prudentielle les obligations de capitaux propres impose aux banques de conserver une certaine quantitĂ© de rĂ©serves pour assurer la stabilitĂ© du systĂšme. Pourtant, comme le rĂ©vĂšle notre Ă©tude, la faiblesse des fonds propres des banques les mettrait face Ă  un risque de faillite si leurs actifs fossiles en stock venaient Ă  connaĂźtre une dĂ©valuation importante et Ă  devenir des actifs Ă©chouĂ©s »[82]. Cela s’explique pour la bonne et simple raison que les banques ne prennent aujourd’hui pas en compte l’exposition aux risques donnĂ© cette accumulation d’actifs risquĂ©s au bilan des banques, il est nĂ©cessaire que celles-ci se mettent en conformitĂ© avec l’article 128 de la Capital Requirement Regulation CRR qui stipule que Les Actifs par- ticuliĂšrement risquĂ©s » doivent ĂȘtre surpondĂ©rĂ©s dans leur exposition aux risques. De plus, comme le suggĂšre Finance Watch[83], le facteur de risque liĂ© aux actifs fossiles utilisĂ© pour calculer ces obligations de capitaux doit ĂȘtre drastiquement relevĂ©, particuliĂšrement lorsqu’il s’agit du financement de nouveaux projets d’énergies mobilisation immĂ©diate de la CRR[84] est suffisante pour appliquer cette mesure au niveau europĂ©en, avant une potentielle extension Ă  l’échelle mondiale via une rĂ©vision de BĂąle Des risques systĂ©miques mieux intĂ©grĂ©sLes coussins de risques systĂ©miques[85] systemic risk buffers permettent de prendre en compte les risques financiers de long terme non-cycliques en augmentant les exigences de fonds propres. Ils sont fixĂ©s par les banques centrales et rĂ©gulateurs nationaux pour les banques dites non-sys- tĂ©miques, et par la BCE pour les banques d’importance changement climatique Ă©tant dĂ©sormais reconnu comme un risque systĂ©mique – notamment par le NGFS[86], la BCE[87]et l’ESRB en Europe[88], la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale et le CFTC aux Etats-Unis[89], ou encore la Banque d’Angleterre[90] – son incorporation Ă  ce coussin » systĂ©mique ou la crĂ©ation d’un sur-coussin » climatique est logique. La pertinence de cet outil est d’autant plus forte que le risque climatique se caractĂ©rise par une incertitude radicale[91] » qui rend particuliĂšrement complexe toute prĂ©vision et nĂ©cessite la prise de mesure prĂ©ventive. Elle complĂšte la mesure pro- posĂ©e sur les obligations de Des Ă©pargnants protĂ©gĂ©s des risques climatiquesLes Deposit Guarantee Schemes » – obligations de garanties – obligent les banques Ă  rembourser un montant minimal garanti aux Ă©pargnants en cas de faillite. Au sein de l’UE, ce montant est d’au moins 100 000 euros mais peut varier selon les exigences montants provisionnĂ©s pour cette garantie devraient ĂȘtre modulĂ©s selon l’exposition de la banque aux Ă©nergies fossiles. En accumulant des actifs fossiles la banque fait courir un risque important Ă  ses clients et Ă  l’État qui paieront le coĂ»t de sa faillite si les risques climatiques se matĂ©rialisent. L’utilisation des garanties de dĂ©pĂŽt permet de prĂ©venir ce report de charge tout en favorisant l’émergence d’un cercle vertueux de rĂ©duction des risques et des impacts Une titrisation encadrĂ©e pour Ă©viter la diffusion des risquesLa titrisation des actifs est un argument supplĂ©mentaire en faveur de l’intervention du rĂ©gulateur. Aujourd’hui, les investisseurs – courtiers, traders, banques – achĂštent des paniers de titres dans lesquels on retrouve des actifs divers et variĂ©s. On peut retrouver dans ces paniers d’actifs une certaine part d’emprunts liĂ©s aux Ă©nergies fossiles, mais celle-ci est diffuse et donc difficilement identifiable. En 2007-2008, la titrisation avait contribuĂ© Ă  empirer la crise des systĂšme opaque contribue Ă  la diffusion des risques liĂ©s aux actifs fossiles, tout en rendant leur traçabilitĂ© plus complexe. La responsabilitĂ© est alors Ă©clatĂ©e entre les nombreux investisseurs. Avec des actifs titrisĂ©s, il est donc plus difficile de rĂ©guler ou d’évaluer correctement l’exposition aux risques. Pour pouvoir effectuer un suivi des actifs fossiles et de la responsabilitĂ© associĂ©e, et Ă©viter une diffusion des risques, il faut interdire les titrisations complexes de ces Des dividendes et des bonus clairement liĂ©s Ă  des critĂšres environnementauxÉtant donnĂ© leur poids dans la gouvernance des banques, la transition Ă©cologique ne se fera pas sans l’engagement des actionnaires et des membres des comitĂ©s exĂ©cutifs. Si des politiques internes aux banques peuvent ĂȘtre mises en place pour s’assurer que les bonus ou dividendes soient liĂ©s Ă  l’atteinte d’objectifs environnementaux, ces pratiques restent trĂšs embryonnaires. Aujourd’hui, 65 % des cadres dirigeants des 39 banques internationales analysĂ©es par Demog sont liĂ©es Ă  des industries polluantes et leurs groupes de lobby. Ce chiffre dĂ©passerait les 80 % dans plusieurs grandes banques – comme Wells Fargo ou JP Morgan Banque centrale europĂ©enne a par exemple demandĂ© aux banques de limiter les dividendes versĂ©s durant la crise du Covid-19, Ă©vĂ©nement ponctuel et moins dangereux pour la stabilitĂ© financiĂšre de long terme que la crise climatique92. Ainsi, cela a permis mĂ©caniquement de renforcer les fonds propres des banques pour affronter la crise du Covid-19. Elle doit donc demander de limiter le versement des dividendes – par exemple Ă  33 % des bĂ©nĂ©fices, contre environ 50 % en moyenne aujourd’hui – pour toutes les banques qui continuent Ă  octroyer de nouveaux services financiers Ă  l’industrie fossile. De la mĂȘme façon, les gouvernements et la rĂ©glementation europĂ©enne pourraient intervenir pour limiter durablement les bonus des comitĂ©s exĂ©cutifs tant que de nouveaux actifs fossiles sont enregistrĂ©s par l’ 4 DeuxiĂšme Ă©tape faire table rase du passĂ© fossileSi l’alignement de la politique monĂ©taire sur l’Accord de Paris et l’émergence d’une rĂ©glementation Ă  la hauteur des enjeux climatiques est un prĂ©alable urgent afin d’endiguer l’afflux des soutiens financiers aux Ă©nergies fossiles, elles ne permettront pas d’apurer le stock considĂ©rable d’actifs fossiles dĂ©tenus par les banques alors qu’il est nĂ©cessaire d’accroĂźtre les capacitĂ©s de financements pour concrĂ©tiser une vraie transition Ă©cologique. Pour vider ce stock, assurer une sortie progressive des Ă©nergies fossiles et libĂ©rer les capacitĂ©s de financement nĂ©cessaire Ă  la transition, une intervention majeure et dĂ©cisive est banque fossile » europĂ©enne pour initier la sortie des Ă©nergies fossilesLe respect de l’Accord de Paris implique la sortie des Ă©nergies fossiles, sortie qui nĂ©cessite une prĂ©paration rigoureuse et stricte si l’on souhaite l’opĂ©rer en minimisant les effets nĂ©gatifs environnementaux et option serait que la BCE rachĂšte les actifs fossiles dĂ©tenus par les banques. Ce rachat pourrait se faire de maniĂšre indirecte via une banque fossile » europĂ©enne et publique, filiale de la BCE, chargĂ©e de la gestion des actifs fossiles selon une trajectoire de sortie compatible avec unrĂ©chauffement de 1,5 °C. Cette nouvelle structure Ă©mettrait des titres achetĂ©s par la BCE qui lui permettrait d’acquĂ©rir les actifs fossiles accumulĂ©s par les banques bad banks », un outil rĂ©aliste de gestion des actifs Ă©chouĂ©sSi l’intervention de la banque centrale proposĂ©e dans ce rapport peut paraĂźtre impressionnante, elle ne serait pas inĂ©dite. À la sortie de la 2nde guerre mondiale, lorsque l’économie Ă©tait au plus mal et que les banques dĂ©tenaient de nombreux crĂ©dits qui n’allaient pas ĂȘtre remboursĂ©s, la banque centrale avait mĂȘme rachetĂ© toutes les crĂ©ances dites pourries » pour les le mĂ©canisme de structure de dĂ©faisance » ou bad bank », structure indĂ©pendante créée pour rĂ©cupĂ©rer les actifs dits pourris ou Ă©chouĂ©s, n’est pas nouveau. Leur mission est, lorsque le contexte est plus favorable, de se sĂ©parer des titres dits illiquides, c’est-Ă -dire dont personne ne veut. Des structures de dĂ©fai- sance ont notamment Ă©tĂ© utilisĂ©es dans plusieurs pays – dont les Etats-Unis, l’Alle- magne, l’Espagne ou la France – suite Ă  la crise des proposition de crĂ©ation d’une structure de dĂ©faisance est aujourd’hui discutĂ©e depuis quelques mois au sein de l’Union EuropĂ©enne afin de limiter les effets de l’endettement des pays depuis le dĂ©but de la crise du Covid-19. La PrĂ©sidente de la BCE, Christine Lagarde, s’est exprimĂ©e sur le sujet en fĂ©vrier niveau international, le Climate Safe Len- ding Network et Climate KIC recommandent la crĂ©ation d’une bad bank » pour gĂ©rer les actifs les plus risquĂ©s au regard de la crise de faire intervenir la Banque centrale Ă  cet endroit est qu’elle est la seule banque du systĂšme bancaire europĂ©en Ă  pouvoir accuser des pertes supĂ©rieures Ă  ses fonds propres sans faire faillite. Comme l’a rappelĂ© rĂ©cemment la Banque des RĂšglements Internationaux, une banque centrale peut parfaitement fonctionner avec des fonds propres nĂ©gatifs[95]. Aujourd’hui, les fonds propres de la BCE sont extrĂȘmement rĂ©duits Ă  peine 80 milliards d’euros. La raison en est que la crĂ©dibilitĂ© de l’euro ne dĂ©pend nullement de ces fonds propres puisqu’en cas de perte, la BCE peut se renflouer elle-mĂȘme via la crĂ©ation monĂ©taire – ce qu’aucune banque de second rang ne peut faire. Les fonds propres de la BCE sont donc trĂšs infĂ©rieurs au montant de la perte qu’elle enregistrerait si elle devait, demain, porter Ă  son bilan les actifs fossiles des 11 banque que nous avons Ă©tudiĂ©es, et si la valeur de ces actifs devait brutalement chuter Ă  zĂ©ro. Qu’à cela ne tienne, la BCE est la seule banque de la zone euro capable d’assumer une telle perte – plus de 500 milliards d’euros aujourd’ solution exige une volontĂ© politique forte de la part des institutions europĂ©ennes et pourrait bĂ©nĂ©ficier d’une rĂ©vision du mandat de la BCE, rendant son objectif de sta- bilitĂ© des prix compatible explicitement avec l’avĂšnement d’un systĂšme durable et Un rachat sous-conditionsAfin de contribuer Ă  la transition et de ne pas exempter les banques de toute responsabilitĂ©, le rachat des actifs fossiles devra ĂȘtre conditionnĂ© Ă  a. L’arrĂȘt total de tout service financier aux projets d’énergies fossiles et aux entreprises dĂ©veloppant ces L’application d’une dĂ©cote de 10 % – par exemple – sur la valeur des actifs – que les banques suppor- teront via leurs fonds propres – et la limitation des rachats Ă  70 % des actifs fossiles dĂ©tenus par la banque. De telles proportions permettent ainsi, Ă  la fois, que les banques gĂšrent et paient une partie des consĂ©quences de leurs actes, d’oĂč une dĂ©cote sensible, et qu’elles ne soient plus entravĂ©es dans le financement de la transition Ă©cologique, d’oĂč le rachat d’une majoritĂ© de leurs actifs fossiles vouĂ©s Ă  devenir des actifs L’adoption d’un plan de sortie des Ă©nergies fossiles, alignĂ© sur une trajectoire de 1,5 °C, pour tous les actifs fossiles rachat des actifs fossiles serait effectuĂ© lors d’une intervention exceptionnelle et limitĂ©e dans le temps. Les critĂšres de celles-ci devront avoir Ă©tĂ© dĂ©finis au prĂ©alable et validĂ©s par l’ensemble des acteurs politiques et financiers. Il est possible d’envisager plusieurs tours de rachat d’ les banques n’ayant pas participĂ© aux prĂ©cĂ©dents. Le cas Ă©chĂ©ant, ils devront ĂȘtre prĂ©vus dĂšs le dĂ©part, et ĂȘtre effectuĂ©s dans des conditions moins avantageuses que les premiĂšres opĂ©rations – par exemple avec une dĂ©cote accrue – afin d’éviter les effets d’ conditions permettent de limiter les effets de cette intervention massive en matiĂšre de perte de confiance, argument souvent avancĂ© pour repousser l’idĂ©e d’une annu- lation de du dispositif ne bĂ©nĂ©ficiera qu’aux banques volontaires, qui s’engagent rĂ©solument vers une sortie des Ă©nergies fossiles et souhaitent profiter de l’opĂ©ration pour apurer leurs stocks d’actifs fossiles et libĂ©rer des capacitĂ©s de financement Une gestion des actifs dans un but de transition justeSuite Ă  leur rachat, les actifs fossiles seraient gĂ©rĂ©s dans une logique de transition juste par la nouvelle banque fossile rattachĂ©e Ă  la BCE. Il s’agit pour la banque d’opĂ©rer comme une structure de dĂ©faisance permettant d’isoler ces actifs. Elle aurait notamment pour objectif de garantir la fermeture progressive de l’ensemble des sites et infrastructures d’énergies fossiles selon un calendrier cohĂ©rent avec la science climatique. Les scĂ©narios actuellement alignĂ©s avec l’objectif 1,5 °C prĂ©voient La sortie du charbon au plus tard en 2030 en Europe et dans les pays de l’OCDE, 2040 partout dans le monde ;La sortie des autres Ă©nergies fossiles au plus tard dans la dĂ©cennie parallĂšle, les États et les banques centrales pourraient soutenir les rĂ©gions les plus touchĂ©es et accompagner l’en- semble des travailleurs et travailleuses dans un processus de reconversion professionnelle. C’est une rĂ©elle gestion de l’extinction des activitĂ©s liĂ©es Ă  l’exploitation des Ă©nergies fossiles qui doit ĂȘtre pensĂ©e et mise en place, avec toutes les mesures Ă©conomiques et sociales que cela implique. De nombreux leviers peuvent ĂȘtre utilisĂ©s comme l’émission d’obligations de transition juste » par la Banque euro- pĂ©enne d’investissement BEI, ou encore la crĂ©ation d’un fond de transition juste » financĂ© par les achats de titres de la BCE, les États et les banques qui auraient bĂ©nĂ©ficiĂ© du rachat de leurs stocks d’actifs fossiles. À la clef, l’atteinte des objectifs climatiques europĂ©ens et la crĂ©ation de nombreux nouveaux emplois verts[97].La gestion de cette structure pourrait ĂȘtre confiĂ©e Ă  la BEI ou tout autre organisme possĂ©dant les compĂ©tences pour mener Ă  bien ces solution Ă  exporter au-delĂ  de l’EuropeBien entendu, les actifs fossiles ne sont pas uniquement concentrĂ©s dans les banques europĂ©ennes. Les financements des 60 plus grandes banques mondiales au secteur des Ă©nergies fossiles ne cessent d’augmenter depuis 2016 et atteignent 3 393 milliards d’euros sur cette pĂ©riode[98]. Les plus grands financeurs des Ă©nergies fossiles sont les banques nord-amĂ©ricaines. Les trois premiĂšres banques de ce sinistre classement – JP Morgan, Wells Fargo et Citi – totalisent Ă  elles-seules 585 milliards de dollars de finan- cements au secteur de 2016 Ă  les rĂ©gions du monde connaĂźtront les mĂȘmes pro- blĂ©matiques, et toutes auront besoin de solutions pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Il est Ă  noter qu’en plus des mĂȘmes difficultĂ©s de financer la transition Ă©cologique, plusieurs grandes banques internationales se verraient confronter Ă  un risque de faillite en cas de brusques variations sur les marchĂ©s, en particulier la Wells Fargo aux États-Unis, qui possĂšderait des actifs fossiles reprĂ©sentants plus de 300 % de ses fonds solution proposĂ©e Ă  l’échelle europĂ©enne gagnerait donc Ă  ĂȘtre rĂ©pliquĂ©e et Ă©tablie en collaboration avec les autres grandes banques centrales mondiales pour au moins deux raisons garantir une sortie globale des Ă©nergies fossiles alignĂ©e sur les objectifs de l’Accord de Paris ; Ă©viter un dĂ©sĂ©- quilibre monĂ©taire et financier entre les acteurs europĂ©ens et les acteurs mondiaux. Cette coordination idĂ©ale ne doit cependant pas justifier une inaction des institutions et des gouvernements GaĂ«l GiraudLa forte diminution puis la fin de la production et de l’utilisation des Ă©nergies fossiles est une condition incontournable pour limiter les dĂ©rĂšglements climatiques. Tout retard diminue considĂ©rablement les chances de maintenir le rĂ©chauffement planĂ©taire Ă  un maximum de + 2 °C et au plus prĂšs de + 1,5 °C, augmentant massivement les dĂ©gĂąts humains, sociaux, Ă©conomiques et financiers associĂ©s. Le calendrier de la transformation de nos sociĂ©tĂ©s vers un monde bas-carbone importe donc au plus haut point. Dans ce contexte, le risque de transition » liĂ© Ă  la vitesse Ă  laquelle nous nous libĂ©rons de notre dĂ©pendance aux actifs fossiles constitue un vĂ©ritable dĂ©fi. En effet, la fin de notre addiction aux Ă©nergies fossiles signifiera tĂŽt ou tard que les actifs financiers associĂ©s aux fossiles perdront toute valeur marchande. Ce rapport suggĂšre qu’une estimation prudente des pertes qu’occasionnerait l’échouage de ces actifs s’élĂšve Ă  500 milliards d’euros pour les 11 plus grandes banques de la zone euro et reprĂ©sente une moyenne de 95 % de leurs fonds propres. Ces chiffres continueront d’augmenter si les banques accroissent davantage encore leur exposition aux hydrocarbures fossiles, comme certaines semblent dĂ©terminĂ©es Ă  le l’absence de rĂ©action des pouvoirs publics et rĂ©gulateurs financiers, le secteur bancaire pourrait juger qu’en matiĂšre de dĂ©carbonation de nos sociĂ©tĂ©s, il est urgent d’attendre. Or la planĂšte et notre humanitĂ© ne peuvent pas attendre. Tout comme le systĂšme financier qui accroĂźt les risques de voir une crise de type subprimes survenir Ă  nouveau si rien n’est regard de cette menace, la premiĂšre urgence est de changer les rĂšgles du jeu pour les acteurs financiers, afin d’empĂȘcher tout nouvel investissement dans les charbon, pĂ©trole et gaz, et arrĂȘter ainsi le dĂ©veloppement de nouvelles mĂ©tastases fossiles. Cela ne sera possible qu’en supprimant tous soutiens aux Ă©nergies fossiles telles qu’actuellement offerts par la politique monĂ©taire, et en adaptant la rĂ©glementation nationale et europĂ©enne pour contraindre les banques Ă  aligner leurs activitĂ©s avec les objectifs de l’Accord de que le stock des actifs fossiles et le risque de transi- tion qui pĂšse sur eux n’obĂšrent pas toute capacitĂ© de nos Ă©conomies Ă  s’engager dans la reconstruction Ă©cologique, il importe Ă©galement de trouver un moyen de pratiquer l’ablation des mĂ©tastases fossiles prĂ©sentes dans les bilans bancaires. La crĂ©ation d’une structure de dĂ©faisance qui dĂ©barrasserait nos banques desdits actifs est la premiĂšre idĂ©e qui vient Ă  l’esprit, et celle qui sera probablement promue par le secteur bancaire Ă  terme. Nous devons prendre garde, toutefois, Ă  savoir qui paiera la note, autrement dit qui devra assumer le coĂ»t financier induit par la perte de valeur des actifs fossiles. Si nous ne rĂ©flĂ©chissons pas Ă  un dispositif original, il y a fort Ă  parier que ce sera le contribuable, une fois de plus. Notre proposition consiste donc Ă  faire assumer la perte, non par le contribuable mais en partie par les banques elles-mĂȘmes, et largement par la Banque centrale entendu, il ne s’agit pas de nourrir l’illusion qu’un seul acteur, fĂ»t-ce la BCE, peut Ă  lui seul rĂ©soudre l’entiĂšretĂ© du problĂšme posĂ© par le risque de transition et les stocks d’actifs fossiles. Nous avons volontairement centrĂ© notre analyse sur cet aspect du problĂšme mais, en vĂ©ritĂ©, il est lui-mĂȘme Ă©troitement liĂ© au risque physique que fait peser le dĂ©rĂšglement Ă©cologique sur nos sociĂ©tĂ©s et Ă©conomies, lequel ne concerne Ă©videmment pas que les banques mais aussi les assurances et l’ensemble de l’économie rĂ©elle. Bien d’autres dispositifs sont Ă  mettre en place pour tenter d’af- fronter ce problĂšme systĂ©mique dans toute sa complexitĂ©[99]. Notre proposition est donc forcĂ©ment modeste. Elle aura mĂ©ritĂ© d’ĂȘtre formulĂ©e si elle permet un vĂ©ritable dĂ©bat dĂ©mocratique autour de la maniĂšre dont nous voulons relever le dĂ©fi Ă©cologique au cours des prochaines dĂ©cennies autrement qu’en laissant le contribuable subir les dĂ©gĂąts environnementaux et sociaux colossaux qui s’annoncent, tout en en payant la 3 MĂ©thodologie dĂ©taillĂ©eLa mĂ©thodologie de ce rapport est construite en quatre Ă©tapes PĂ©rimĂštre de l’étude L’étude concerne les donnĂ©es financiĂšres 2019 des principales banques de la zone euro En France BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, BPCE. En Allemagne Deutsche Bank et Commerzbank. En Italie UniCredit et Intesa Sanpaolo. En Espagne Santander et BBVA. Aux Pays-Bas ING. Toutes les banques ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es au niveau de leur pĂ©rimĂštre Groupe », exceptĂ© pour CASA, dont les donnĂ©es financiĂšres 2019 sont de meilleures qualitĂ©s que le Groupe CrĂ©dit Agricole. DĂ©finition du terme actifs fossiles » Les actifs fossiles » sont dĂ©finis comme tous les actifs produits financiers nĂ©cessaires au financement des activitĂ©s fossiles, qui regroupent l’exploration, l’exploitation, la distribution – y compris le transport, le raffinage, etc. – des Ă©nergies fossiles – pĂ©trole, le gaz et le charbon –, et la production d’électricitĂ© Ă  partir de ces ressources. NB Ne sont pas intĂ©grĂ©s Ă  l’étude les actifs indirectement liĂ©s Ă  ces ressources Ă©nergĂ©tiques, tels que le secteur automobile, le transport aĂ©rien, etc. Recherche des actifs des banques L’étude se base sur deux documents publiĂ©s par les banques le rapport financier annuel – ou document d’enregistrement universel – et le rapport Pillar III – ou rapport sur les risques. Le rapport financier annuel intĂšgre le bilan comptable des banques qui indique notamment la valeur des diffĂ©rents actifs dĂ©tenus. Le montant total des actifs a Ă©tĂ© divisĂ© en trois catĂ©gories Les actifs crĂ©dits, qui regroupent les crĂ©dits des banques aux particuliers, aux entreprises et aux États ; Les actifs d’investissement –produits de marchĂ© et assurances –, qui regroupent tous les actifs qui s’échangent sur les marchĂ©s financiers ; Les autres actifs. Une fois les montants totaux actifs crĂ©dit » et actifs d’investissement » identifiĂ©s, il faut y dĂ©terminer la part des actifs fossiles. L’addition des actifs fossiles dans la partie crĂ©dit et dans la partie de produits de marchĂ© et d’assurance nous indiquera le montant total des actifs fossiles dĂ©tenus par les banques. a. Actifs fossiles dans la partie crĂ©dits actifs crĂ©dits Pour identifier la part des actifs fossiles dans les actifs crĂ©dit, nous utilisons dans le Pillar III le tableau CRB-D » qui ventile les expositions aux risques de crĂ©dit par industrie/ secteurs d’activitĂ©. Ce tableau dĂ©taille les valeurs nettes des expositions du bilan et hors bilan – correspondant aux valeurs comptables figurant dans les Ă©tats financiers, selon le champ d’application de la consolidation rĂ©glementaire. À partir de cette classification, nous identifions dans le tableau les industries dans lesquelles se trouvent des actifs fossiles – Oil & Gas », Energy », etc. Pour chacun des secteurs, nous appliquons des clĂ©s de rĂ©partition uniquement sur le montant des crĂ©dits bruts. Nous prenons l’hypothĂšse trĂšs prudente de ne comptabiliser aucun actif fossile dans le hors-bilan. Deux options se prĂ©sentent pour identifier la part fossile de chaque secteur a. Lorsque les secteurs de crĂ©dit entrent entiĂšrement dans le pĂ©rimĂštre dĂ©fini – par exemple, Oil & Gas » –, le montant est inclus dans sa totalitĂ©. b. Lorsque les secteurs de crĂ©dit ne comprennent qu’une partie du pĂ©rimĂštre, nous avons dĂ©fini 2 options Si la partie fossile est prĂ©cisĂ©e dans le rapport annuel de la banque – ou autres documents publics –, elle est reprise dans l’étude. Si rien n’est prĂ©cisĂ©, nous appliquons une clĂ© de rĂ©partition standard pour sĂ©parer la partie fossile » du reste de l’activitĂ©. Chaque clĂ© de rĂ©partition est construite avec des donnĂ©es Ă©conomiques et financiĂšres spĂ©cifiques au secteur en question et accessibles publiquement en suivant l’une de ces trois mĂ©thodes a. Soit nous calculons le poids du secteur dans l’économie PIB, chiffre d’affaire des leaders du secteur. b. Soit nous calculons le poids du secteur dans les indices financiers MSCI, Barclays-Bloomberg, etc. c. Soit nous prenons la mĂȘme clĂ© de rĂ©partition qu’une autre banque qui prĂ©cise la part fossile dans les prĂȘts du mĂȘme secteur – via leur portefeuille de crĂ©dits. Une fois que nous avons calculĂ© la part d’actifs fossiles crĂ©dit publiĂ©e dans le Pillar III, cela donne un ratio, un % d’actifs fossiles, que nous appliquons au montant total d’actifs crĂ©dit brut notifiĂ© dans le bilan. NB Concernant le secteur financier – souvent nommĂ© Banques et Assurances » –, la clĂ© de rĂ©partition est calculĂ©e grĂące Ă  la moyenne de la part d’actifs fossiles de crĂ©dits – hors finance – des banques europĂ©ennes inclues dans le pĂ©rimĂštre ceci reprĂ©sente la proportion des prĂȘts interbancaires utilisĂ©s pour financer les industries fossiles. b. Actifs fossiles dans les produits de marchĂ© et assurances actifs d’investissement Les actifs fossiles dans les produits de marchĂ© et d’assurances correspondent Ă  la part des produits financiers fossiles » autres que les crĂ©dits que possĂšdent les banques pour leurs activitĂ©s. Pour rappel, le total d’actifs d’investissement est rapportĂ© dans le bilan comptable et est constituĂ© des instruments financiers en valeur de marchĂ© par rĂ©sultat, des actifs financiers en valeur de marchĂ© par capitaux propres, des placements des activitĂ©s d’assurance, etc. Les instruments liĂ©s aux dĂ©rivĂ©s ainsi qu’aux REPOs ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s Ă  ces montants car ils peuvent contenir des produits liĂ©s directement ou indirectement aux actifs fossiles. Pour dĂ©terminer la part fossile a. Quand l’information de la part fossile dans les actifs investissement est donnĂ©e, nous la reportons. b. Quand l’information est manquante, nous utilisons une estimation Ă  4,62 %, basĂ©e sur D’une part, la part des industries pĂ©troliĂšres, gaziĂšres et de charbon dans le MSCI Europe, soit 3,56 %, pondĂ©rĂ©e Ă  75 %. D’autre part, la part des obligations des entreprises du secteur des Ă©nergies fossiles dans les obligations europĂ©ennes – hors obligations Ă©mises par les banques –, soit 7,8 % pour les industries fossiles en 2020, pondĂ©rĂ© Ă  25 %[100]. Les actifs libellĂ©s Caisse et Banque Centrale », qui sont pourtant des produits de dette Ă©changeables sur les marchĂ©s financiers, n’ont pas Ă©tĂ© inclus dans les actifs investissement. En effet, leur trĂšs faible maturitĂ© – dĂ©lai de remboursement infĂ©rieur Ă  l’annĂ©e – rend leur valeur peu exposĂ©e Ă  une transition Ă©cologique qui demeure une transformation qui s’envisage sur un temps relativement long. c. Le cas des actifs REPO Les Repurchase agreements » REPO sont des contrats qui permettent de prĂȘter/emprunter des titres financiers – actions ou obligations – en Ă©change d’un collatĂ©ral monĂ©taire. S’il est tout Ă  fait possible de trouver des actifs fossiles dans les REPO, il est vrai qu’une partie importante de ces contrats concerne des obligations d’État qui n’ont aucun lien avec des activitĂ©s fossiles. Ainsi, pour les besoins de notre Ă©tude, le montant total des contrats REPO est divisĂ© en deux parties Ă©gales 50 % action nous appliquons Ă  ce montant la ratio explicitĂ© en b ci-dessus. 50 % obligation nous considĂ©rons que 75 % de cette activitĂ© concerne des obligations d’État qui sortent du pĂ©rimĂštre de l’étude. Nous appliquons donc le ratio b Ă  seulement 25 % de cette partie obligataire. d. Les autres actifs Les autres lignes des bilans des banques sont regroupĂ©es dans les autres actifs ». On y retrouve notamment les montants Caisses et Banque Centrale », Goodwill », etc. Nous y avons placĂ© aussi la part des actifs REPO qui sont considĂ©rĂ©s sans actifs fossiles voir paragraphe Le cas des actifs REPO » au-dessus. Aucun actif fossile n’est retenu pour ces autres actifs. 4. Actifs fossiles vs. fonds propres Afin d’identifier la part de fonds propres, nous prenons le montant rapportĂ© au Common Equity Tiers 1 » CET1 publiĂ© par les banques, car il s’agit des fonds propres les plus sĂ»rs des banques, non-dĂ©formĂ©s par leurs estimations des risques. En cas de forte chute de valeur dans le secteur des Ă©nergies fossiles, seuls les fonds propres CET1 sont mobilisables suffisamment rapidement pour servir de coussin de sĂ©curitĂ©. Le reste des fonds propres peut intĂ©grer des produits liĂ©s aux Ă©nergies fossiles ou d’autres actifs trĂšs exposĂ©s aux risques climatiques. Le ratio actifs fossiles sur fonds propres est un trĂšs bon indicateur de la santĂ© financiĂšre des banques en cas de crise liĂ©e aux secteurs des pĂ©trole, gaz et charbon. MĂ©thodologie co-construite Cette mĂ©thodologie a Ă©tĂ© co-construite avec diffĂ©rents experts du monde bancaire. Notamment avec le cabinet Carbone4 Finance, qui a bien voulu challenger les diffĂ©rents points de cette mĂ©thodologie jusqu’aux rĂ©sultats finaux afin de s’approcher au mieux de la rĂ©alitĂ©. De plus, les 11 banques europĂ©ennes ont Ă©tĂ© contactĂ©es afin qu’elles puissent faire part d’éventuelles remarques ou transmettre des donnĂ©es alternatives. Ces retours ont donnĂ© lieu Ă  plusieurs modifications lorsqu’elles Ă©taient justifiĂ©es et sourcĂ©es. La question des assurances et des autres sĂ©curitĂ©s prudentielles Comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, cette Ă©tude prend uniquement en compte les Common Equity Tier 1 » CET 1 qui sont immĂ©diatement mobilisables et permettent d’estimer la capacitĂ© de la banque Ă  absorber d’elle-mĂȘme et directement les pertes Ă©ventuelles. L’épuisement thĂ©orique des CET 1 n’est pas pour autant synonyme de situation de faillite. D’autres ressources, et notamment les autres leviers prudentiels, peuvent ĂȘtre mobilisĂ©s. Surtout, les banques sont largement assurĂ©es et une partie des pertes devrait ĂȘtre transfĂ©rĂ©e Ă  leurs assureurs. Ces Ă©lĂ©ments n’ont pas Ă©tĂ© pris en compte dans le pĂ©rimĂštre de cette Ă©tude dans la mesure oĂč celle-ci vise spĂ©cifiquement Ă  identifier de quelle maniĂšre les banques et la rĂ©gulation financiĂšre intĂšgrent – ou n’intĂšgrent pas – les risques spĂ©cifiques liĂ©s Ă  la dĂ©tention d’actifs fossiles. Il s’agit alors de responsabiliser les banques dans la dĂ©tention de leurs actifs, et non de parier sur un Ă©ventuel report ou une dilution de la perte financiĂšre affĂ©rente. Notons d’ailleurs que se reposer sur de tels mĂ©canismes fait courir un risque important de propagation des pertes, qui pourrait in fine nĂ©cessiter l’intervention des Etats et donc faire porter le coĂ»t final aux contribuables. De plus, la capacitĂ© d’action des assureurs pourrait ĂȘtre rĂ©duite dans la mesure oĂč ils seraient eux-aussi directement affectĂ©s par une chute importante de la valeur des actifs fossiles. En effet, comme le montre le classement effectuĂ© par Insure Our Future[101], les grands assureurs restent particuliĂšrement impliquĂ©s dans le secteur. ParticularitĂ©s pour les banques hors zone euro L’étude menĂ©e chez les banques internationales hors zone UE a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e avec moins d’informations, et donc plus d’hypothĂšses. En particulier, lorsque des informations Ă©taient manquantes, les hypothĂšses retenues pour les banques de la zone euro ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par dĂ©faut. Outre le fait que certaines informations Ă©taient manquantes, les banques hors zone euro n’ont pas Ă©tĂ© contactĂ©es. Ces donnĂ©es sont donc plus approximatives et reposent sur des hypothĂšses plus nombreuses que celles de la zone euro, en particulier pour les banques chinoises. [1]Les conversions du dollar Ă  l’euro ont Ă©tĂ© effectuĂ©es avec un taux de change de 2019 de 1,12 dollar pour 1 euro. Statista, 2020, Taux de change du dollar des États-Unis USD par rapport Ă  l’euro EUR de 1999 Ă  2019 ».[2] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[3] Nations Unies, 2020, Production Gap Report.[4] Dans notre Ă©tude, ce sont les Common Equity Tiers 1 CET 1 qui ont Ă©tĂ© retenus car ce sont les fonds propres sĂ©curisĂ©s des banques.[5] CrĂ©dit Agricole SA revendique un volume de fonds propres plus important, justifiĂ© par le fait qu’en cas de choc subi au niveau de l’entitĂ© CASA, le groupe CrĂ©dit Agricole serait dans l’obligation lĂ©gale de soutenir CASA via ses fonds propres. Nous faisons cependant le choix mĂ©thodologique de comparer les actifs fossiles de CASA aux fonds propres de CASA uniquement, afin d’évaluer la soliditĂ© financiĂšre de cette banque d’affaires, ainsi que sa prise en compte – ou son absence de prise en compte – des risques climatiques. Dans un contexte de perte de valeur des actifs de CASA, il existe donc un risque de propagation au groupe CrĂ©dit Agricole et Ă  ses autres activitĂ©s, en contrepartie d’une sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaire.[6] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[7] Notre affaire Ă  tous, 2020, Un climat d’inĂ©galitĂ©s, les impacts inĂ©gaux du dĂ©rĂšglement climatique. / Winkel J. , Nazrul Islam S. 2017, Climate change and social inequality. / OCDE, 2010, PauvretĂ© et changement climatique rĂ©duire la vulnĂ©rabilitĂ© des populations par l’adaptation.[8] Mark Carney 2015, Breaking the Tragedy of Horizon. [9] WWF, 2021, Les Ă©nergies fossiles Ă  quel prix? [10] Irena, 2020, How falling costs make renewable a cost-effective Investment.[11] Irena, 2021, Renewable capacity highlights.[12] Carbon tracker, 2013, Wasted capital and Stranded Assets.[13] The Guardian, 2015, Carney warns of risks from climate change tragedy of the horizon.[14] Irena, 2021, World energy transitions outlook.[15] McKinsey & company, 2021, CEO Interview Natixis and CDPQ invest in climate action.[16] Derek Browner, Justin Jacobs 2021, Exxon faces “existential risk over fossil fuel focus, activist investor warns, Financial Times[17] Voir notamment la notation de la politique charbon des entreprises du groupe Natixis dans le Coal Policy Tool de Reclaim Finance[18] GaĂ«l Giraud, 2014, Illusion financiĂšre, Ed. de l’Atelier, Paris.[19] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[20] Les Amis de la Terre France et Oxfam France, 2021, Quoi qu’il en coĂ»te les banques françaises au secours de l’industrie fossile.[21] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[22] CrĂ©dit Agricole SA revendique un volume de fonds propres plus important, justifiĂ© par le fait qu’en cas de choc subi au niveau de l’entitĂ© CASA, le groupe CrĂ©dit Agricole serait dans l’obligation lĂ©gale de soutenir CASA via ses fonds propres. Nous faisons cependant le choix mĂ©thodologique de comparer les actifs fossiles de CASA aux fonds propres de CASA uniquement, afin d’évaluer la soliditĂ© financiĂšre de cette banque d’affaires, ainsi que sa prise en compte – ou son absence de prise en compte – des risques climatiques. Dans un contexte de perte de valeur des actifs de CASA, il existe donc un risque de propagation au groupe CrĂ©dit Agricole et Ă  ses autres activitĂ©s, en contrepartie d’une sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaire.[23] Ansari D., Holz F. 2020, Between stranded assets and green transformation Fossil-fuel-producing developing countries towards 2055, Elsevier. / Carbon Tracker 2020, Decline and fall the size and vulnerability of the fossil fuel system. 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Voir notamment Climate Analytics 2019, Global and regional coal phase-out requirements of the Paris Agreement.[82] Carbon Tracker, 2017, Carbon Tracker introduced the concept of stranded assets to get people thinking about the implications of not adjusting investment in line with the emissions trajectories required to limit global warming, article, 23 Aout 2017.[83] Finance Watch, 2020, Breaking the climate-finance doom loop.[84] Le rĂšglement sur les exigences de fonds propres n ° 575/2013 est une loi de l’UE qui vise Ă  rĂ©duire la probabilitĂ© d’insolvabilitĂ© des banques.[85] Banque de France 2020, “Coussin pour le risque systĂ©mique Ă  quoi servirait cet instrument ?”[86] NGFS, 2019, A call for action Climate change as a source of financial risk.[87] European Central Bank 2021, Shining a light on climate risks the ECB’s economy-wide climate stress test, article, 18 mars 2021.[88] ESRB, 2020, Positively green Measuring climate change risks to financial stability.[89] Cox J., 2021, Fed sets up panels to examine risks that climate change poses to the financial system, CNCB, 23 Mars 2021.[90] Bank of England, 2020, Climate change why it matters to the Bank of England.[91] Chenet H., Ryan J., Van Lerven F., 2021 Finance, climate-change and radical uncertainty Towards a precautionary approach to financial policy, Elsevier.[92] Auriac V., 2020, “Comment trouver le vrai fonds Ă  impact en Ă©vitant le greenwashing ?”, axylia, le 3 novembre 2020.[93] Grandjean A., DufrĂȘne N. 2020, Une monnaie Ă©cologique, Ed. Odile Jacob[94] Climate Safe Lending et Climate KIC 2021, Financial Stability in Planetary Emergency,[95] Archer D., Moser-Bohem P. 2013, Central Bank Finance, BIS Papers, No 71, 29 avril 2013. / Article 28 Capital de la BCE, “Protocole N°4 sur les statuts du systĂšme europĂ©en de banques centrales et de la banque centrale europĂ©enne.”[96] Un scĂ©nario irrĂ©aliste, redisons-le la perte de valeur des actifs fossiles s’étalera sur plusieurs annĂ©es.[97] Kapetaki Z., 2021, Recent trends in EU coal, peat and oil shale regions, rapport Commission europĂšnne. / Instrat, 2020, Green jobs in coal regions.[98] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[99] Giraud G.,DufrĂȘne N., Gilbert P., Comment financer une politique ambitieuse de reconstruction Ă©cologique, Note de l’Institut Rousseau.[100] Source Eikon part des actifs classĂ©s comme fossile dans la taxonomie NACE dans les non-bank bonds’ europĂ©ens.[101] Insure Our Future 2020, Insuring Our Future, 2020 scorecard on insurance, fossil fuels climate change PubliĂ© le 10 juin 2021Actifs fossiles, les nouveaux subprimes ?Quand financer la crise climatique peut mener Ă  la crise financiĂšreAuteursGaĂ«l GiraudGaĂ«l Giraud est Ă©conomiste, directeur de recherche au CNRS, professeur Ă  l’École nationale des ponts et chaussĂ©es et auteur. Il dirige le programme justice environnementale de Georgetown University. SpĂ©cialiste des interactions entre Ă©conomie et Ă©cologie, il occupait les fonctions de chef Ă©conomiste de l’Agence française de dĂ©veloppement AFD jusqu’en juillet 2019. Il est prĂ©sident d'honneur de l'Institut NicolChristian Nicol est cadre dans une banque, militant Ă©cologiste et conseiller municipal en charge du DĂ©veloppement Durable d’Elancourt. PassĂ© par l’UniversitĂ© Paris Dauphine et le MBA RSE de LĂ©onard de Vinci, il se mobilise depuis plusieurs annĂ©es, pour faire progresser la prise de conscience et les solutions sur le sujet du DĂ©veloppement Durable. Depuis 2020, il collabore sur ces thĂ©matiques avec GaĂ«l Giraud, Ă©conomiste français spĂ©cialisĂ© dans la Transition Ecologique et dans l’économie mathĂ©matique. L’Institut Rousseau publie aujourd’hui un rapport de premiĂšre importance en coopĂ©ration avec plusieurs organisations non-gouvernementales et associations françaises et Ă©trangĂšres spĂ©cialisĂ©es dans les questions financiĂšres et Ă©cologiques, au premier rang desquelles Les Amis de la Terre et Reclaim Finance. Le Monde et Bloomberg, ainsi que Die Zeit Allemagne et l’Avvenire Italie en assurent un dĂ©cryptage en rapport dĂ©montre que non seulement les grandes banques continuent de financer massivement les Ă©nergies fossiles mais Ă©galement que ce type de financement peut constituer un danger de toute premiĂšre importance pour la stabilitĂ© financiĂšre et monĂ©taire. En effet l’exposition brute aux actifs fossiles d’un certain nombre de banques excĂšde le niveau de leurs fonds propres. En d’autres termes, les actifs fossiles pourraient devenir les subprimes » de demain. Pour sortir de cette situation, les auteurs proposent plusieurs solutions concrĂštes visant Ă  permettre aux banques de se dĂ©lester de leurs actifs fossiles en Ă©change d’un engagement ferme Ă  mieux financer la transition Ă©cologique structure de dĂ©faisance, mais aussi des rĂ©formes profondes de la politique monĂ©taire et prudentielle pour accompagner ce mouvement. »Nicolas DufrĂȘne, directeur de l’Institut RousseauRĂ©sumĂ© exĂ©cutifL’addiction des banques aux Ă©nergies fossiles un danger pour le climatSelon le rapport Banking On Climate Chaos 2021, les 60 plus grandes banques mondiales ont accordĂ© 3 393 milliards d’euros[1] de financements aux entreprises du secteur des Ă©nergies fossiles entre 2016 et 2020[2]. Contrairement Ă  ce que leurs discours et engagements peuvent laisser penser, les banques europĂ©ennes n’ont pas inflĂ©chi leurs financements aux Ă©nergies fossiles. Certaines ont mĂȘme continuellement augmentĂ© leurs soutiens Ă  cette industrie, premiĂšre responsable des Ă©missions de gaz Ă  effet de pour respecter l’Accord de Paris sur le climat adoptĂ© en 2015, il est impĂ©ratif de mettre immĂ©diatement fin au dĂ©veloppement des Ă©nergies fossiles et d’en programmer la sortie progressive et totale. La production mondiale de charbon, pĂ©trole et gaz fossile doit ainsi diminuer de 6 % par an d’ici 2030 pour nous laisser une chance de limiter le rĂ©chauffement Ă  1,5 °C[3], une trajectoire aux antipodes de celle que dessinent les flux financiers actifs fossiles un double risque climatique et financierLe soutien des banques aux entreprises du secteur des Ă©nergies fossiles n’est pas nouveau. Avant comme aprĂšs la signature de l’Accord de Paris, elles ont accumulĂ© des centaines de milliards d’actifs financiers liĂ©s Ă  l’exploration, Ă  l’exploitation, au transport et Ă  l’utilisation du charbon, du pĂ©trole et du gaz. Or ces stocks d’ actifs fossiles » ont une importance dĂ©terminante pour la stabilitĂ© du climat comme celle du systĂšme fournissant fidĂšlement Ă  cette industrie les capitaux dont elle a besoin pour opĂ©rer et investir, les banques financent des volumes colossaux d’émissions de gaz Ă  effet de serre. Ce faisant, elles limitent Ă©galement leur capacitĂ© Ă  financer des alternatives durables, car les liquiditĂ©s et rĂ©serves consacrĂ©es aux gĂ©ants des Ă©nergies fossiles et Ă  leurs projets sont autant d’argent qui ne peut ĂȘtre mobilisĂ© en faveur de la transition. Ainsi, les banques accumulent des actifs financiers qui apparaissent comme sĂ»rs selon leurs critĂšres d’analyse actuels, mais sont en fait trĂšs exposĂ©s aux risques climatiques, toujours ignorĂ©s des acteurs financiers et de la rĂ©glementation bancaire. Avec la finance verte et des stratĂ©gies souvent incohĂ©rentes, le secteur financier tente de se voiler la face sur des risques qui deviennent pourtant de plus en plus importants au fur et Ă  mesure qu’ils ne sont pas correctement tous ces actifs fossiles risquent de devenir des actifs Ă©chouĂ©s » – c’est-Ă -dire de perdre fortement de la valeur et de la liquiditĂ©, car le respect de l’Accord de Paris entraĂźnera une baisse importante et continue de l’utilisation des Ă©nergies fossiles. Comme tous les risques, ces actifs Ă©chouĂ©s sont d’autant plus dangereux qu’ils sont ignorĂ©s c’était le cas lors de la crise des subprimes – qui a engendrĂ©e de nombreuses faillites bancaires, une rĂ©cession mondiale, une poussĂ©e du chĂŽmage et des inĂ©galitĂ©s –, et notre Ă©tude montre que l’ampleur du risque des actifs fossiles est sous-estimĂ©e par les milieux ce contexte, la dĂ©valorisation des actifs fossiles dĂ©tenus par les banques qui accompagnera l’inĂ©vitable transition Ă©cologique, pourrait produire d’importantes turbulences voire gĂ©nĂ©rer une nouvelle crise financiĂšre. La perte de valeur plus ou moins rapide enregistrĂ©e par les banques pourrait aller jusqu’à les mettre en situation de faillite s’il s’avĂ©rait que leurs fonds propres – volume de capitaux dĂ©tenu par les banques visant Ă  leur fournir un matelas de sĂ©curitĂ© en cas de coup dur – sont insuffisants pour l’absorber et que les mĂ©canismes d’assurance ne suffisent plus. Ce contexte est le mĂȘme que pour la crise des subprimes, oĂč les banques, refusant pendant de longs trimestres d’ouvrir les yeux sur la catastrophe Ă  venir, ont fait exploser une situation pourtant Ă©vitable, aboutissant Ă  de nombreuses faillites bancaires, dont celle de Lehman Brothers – 4Ăšme plus importante banque d’affaire des Etats-Unis de l’ Ă©tude se propose d’évaluer ces risques financiers liĂ©s au climat pour les grandes banques de la zone euro, afin de promouvoir une gestion anticipĂ©e des stocks d’actifs fossiles compatible avec la prĂ©servation de l’environnement comme de la stabilitĂ© du systĂšme banques de la zone euro, au bord d’un gouffre invisibleNotre Ă©tude approfondie des 11 principales banques de la zone euro rĂ©vĂšle qu’elles cumulent un stock de plus de 530 milliards d’euros d’actifs liĂ©s aux Ă©nergies fossiles, soit 95 % du total de leurs fonds actifs reprĂ©sentent pour toutes les banques Ă©tudiĂ©es une part trĂšs importante de leurs fonds propres[4], allant de 68 % pour Santander Ă  131 % pour CrĂ©dit Agricole. Ceci est d’autant plus grave que ces actifs fossiles ne reprĂ©sentent que la face Ă©mergĂ©e de l’iceberg gigantesque formĂ© par tous les secteurs qui nĂ©cessiteront forcĂ©ment une transi- tion – aĂ©ronautique, automobile, pĂ©trochimie, etc. On ne peut donc pas exclure un effet boule de neige » menant Ă  une le scĂ©nario dans lequel une perte de 80 % de la valeur des actifs fossiles serait constatĂ©e, les fonds propres de CrĂ©dit Agricole [5] et SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale – respectivement 3Ăšme et 4Ăšme plus grandes banques Ă©tudiĂ©es – basculeraient dans le rouge, et ceux de la Deutsche Bank et de Com- merzbank seraient quasiment Ă©puisĂ©s. Toutes les banques verraient leur capacitĂ© Ă  financer la transition Ă©cologique trĂšs fortement affectĂ©e. Et dans le pire des cas, si la valeur de ces actifs fossiles tombait Ă  zĂ©ro, 5 d’entre elles – dont 3 des 5 plus importantes – n’auraient pas suffisamment de fonds propres pour essuyer leurs la dĂ©valorisation des actifs fossiles promet de s’étaler sur plusieurs annĂ©es. Cela pourrait laisser aux banques une fenĂȘtre d’opportunitĂ© pour engager une transition rapide et profonde de leurs activitĂ©s. Encore faudrait-il pour cela que le secteur bancaire, conscient qu’une telle transformation lui serait dĂ©savantageuse, consente Ă  cesser de freiner Ă  tout prix la mutation nĂ©cessaire de nos Ă©conomies et adapte en consĂ©quence son business ces conclusions interviennent alors que les banques continuent au contraire d’accorder de nouveaux soutiens aux Ă©nergies fossiles. Selon le rapport Banking On Climate Chaos 2021, les 11 banques Ă©tudiĂ©es auraient ainsi accordĂ©s 95 milliards d’euros de financements supplĂ©mentaires – prĂȘts, Ă©missions d’actions et d’obligations – rien qu’en 2019 [6]. Par ailleurs, alors mĂȘme que plusieurs banques de ce classement sont parmi celles qui possĂšdent les politiques sectorielles les plus avancĂ©es au monde sur les Ă©nergies fossiles, nos rĂ©sultats rĂ©vĂšlent le caractĂšre encore trĂšs partiel de ces engagements volontaires et laissent prĂ©sager d’une exposition aussi – voire bien plus – forte hors de l’Europe. Ainsi, si cette dynamique ne s’inverse pas, et en l’absence de rĂ©glementation financiĂšre adaptĂ©e, les stocks d’actifs fossiles continueront d’augmenter et les risques financiers avec lors de la crise des subprimes de 2008, les risques colossaux pris par les banques pour s’assurer des bĂ©nĂ©fices Ă  court terme pourraient devenir le fardeau des États, des citoyens, et en premier lieu des plus prĂ©caires et vulnĂ©rables qui sont dĂ©jĂ  les plus touchĂ©s par le changement climatique[7]. Une intervention politique forte aux niveaux national et europĂ©en est dĂšs lors indispensable et urgente, afin de briser cette tragĂ©die des horizons »[8] et mettre enfin la finance au service de la transition seule solution la rĂ©glementationLes banques, dĂ©jĂ  gangrenĂ©es par les actifs fossiles, entre- tiennent activement l’infection en faisant continuellement entrer de nouveaux actifs fossiles dans leur bilan. En effet, tant que la transition Ă©nergĂ©tique n’est pas encore clai- rement engagĂ©e, le risque financier de ces futurs actifs Ă©chouĂ©s ne se reflĂšte pas encore dans leur prix. Au regard des risques climatiques et financiers que fait peser cette addiction aux Ă©nergies fossiles, des actions politiques s’imposent pour 1 stopper la progression des mĂ©tastases et 2 Ă©radiquer totalement la maladie pour soigner les s’agit d’abord d’arrĂȘter de financer tout nouvel investis- sement dans le secteur des Ă©nergies fossiles – partie III. Ce mouvement demande l’arrĂȘt des soutiens indirects offerts par la politique monĂ©taire au secteur et une adaptation de la rĂ©glementation nationale et europĂ©enne pour tenir compte des dangers du secteur pour l’environnement et la stabilitĂ© financiĂšre, notamment via L’exclusion des actifs fossiles des rachats d’actifs Quantitative easing et de la liste des collatĂ©raux de la Banque centrale europĂ©enne BCE, prĂ©cĂ©dant un alignement de l’ensemble des opĂ©rations de la banque centrale sur l’Accord de lĂ©gal des soutiens accordĂ©s par les acteurs financiers aux Ă©nergies fossiles, contrĂŽlĂ©s et sanctionnĂ©s par la puissance rĂ©glementation et rĂ©gulation financiĂšre qui tient pleinement compte des risques associĂ©s aux finance- ments des Ă©nergies fossiles avec une augmentation des exigences de capitaux, la crĂ©ation ou l’ajustement de coussin de risques systĂ©miques spĂ©cifiques, le ren- forcement des obligations de garanties des banques et l’encadrement de la titrisation des actifs fois ces conditions remplies, il sera nĂ©cessaire d’assainir la situation financiĂšre des banques – partie IV. Leurs bilans surchargĂ©s » en actifs fossiles feraient perdurer le risque de crise. Surtout, ils continueraient Ă  ralentir le financement de la transition Ă©cologique en bloquant des fonds importants dans des secteurs vouĂ©s Ă  de la Banque centrale europĂ©enne BCE – via la crĂ©ation d’une fossil bank » europĂ©enne – sera selon nous nĂ©cessaire pour libĂ©rer les banques de ce poids. Une structure de dĂ©faisance spĂ©cifique, financĂ©e par les achats d’actifs de la BCE, rachĂšterait alors une part significative des actifs fossiles des banques engagĂ©es dans la sortie des Ă©nergies fossiles, et opĂ©rerait leur extinction progressive. Si l’opĂ©ration prĂ©sente de rĂ©elles difficultĂ©s de mise en place, et exigerait sans aucun doute un soutien politique fort, elle prĂ©sente des avantages multiples comme l’amorçage d’une sortie progressive des Ă©nergies fossiles dans une dĂ©marche de transition juste, la diminution drastique des impacts climatiques et du risque de crise, et la libĂ©ration de financements massifs pour la transition assumant les erreurs commises par le passĂ©, en agissant de maniĂšre efficace et coordonnĂ©e, les pouvoirs publics et les institutions financiĂšres peuvent Ă©viter une nouvelle crise financiĂšre systĂ©mique tout en enrayant les dĂ©rĂšgle- ments climatiques. Une dynamique vertueuse qui ne peut malheureusement plus sur les traces des actifs fossiles des banques Notre Ă©tude s’intĂ©resse aux 11 principales banques de la zone euro BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole SA, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, Banque Populaire Caisse d’Epargne BPCE, Deutsche Bank, Commerzbank, UniCredit, Intesa Sanpaolo, Santander, BBVA et identifie les actifs financiers liĂ©s aux Ă©nergies fossiles dĂ©tenus par les banques. Ces actifs fossiles » reprĂ©sentent l’ensemble des outils financiers de crĂ©dits et d’investissements liĂ©s Ă  l’exploration, Ă  l’exploitation, Ă  la distribution des ressources de charbon, pĂ©trole et gaz, ou Ă  la production d’électricitĂ© Ă  partir de ces sources. Ils sont comparĂ©s Ă  leurs fonds propres, indicateurs de la capacitĂ© des banques Ă  absorber les pertes en cas de donnĂ©es proviennent des documents officiels des banques et de leurs bilans consolidĂ©s. Lorsque l’information n’était pas fournie par les banques, nous avons appliquĂ© des clĂ©s de rĂ©partition que nous avons construites grĂące Ă  des informations sectorielles, Ă©conomiques et financiĂšres afin de distinguer la part des actifs fossiles dans les actifs crĂ©dits et d’ donnĂ©es ont Ă©tĂ© transmises aux banques, qui ont pu, si elles le souhaitaient, apporter des rectifications. Cette mĂ©thodologie a Ă©tĂ© co-construite avec plusieurs spĂ©cialistes, dont des consultants du cabinet description complĂšte de la mĂ©thodologie est disponible en 1 Des banques rongĂ©es par les actifs fossilesUn stock » fossile colossalLes 11 banques europĂ©ennes Ă©tudiĂ©es allouent 532 milliards d’euros d’actifs aux Ă©nergies fossiles – crĂ©dits et produits de marchĂ© –, alors que ces Ă©nergies fossiles sont responsables de la majoritĂ© des Ă©missions mondiales de CO2 mondiales[9]. Ces actifs sont donc stockĂ©s » dans les bilans bancaires pour des durĂ©es variables, pouvant s’étaler sur de nombreuses d’autres termes, l’équivalent du produit intĂ©rieur brut PIB nominal de la Belgique – 530 milliards d’euros en 2019 Direc- tion gĂ©nĂ©rale du TrĂ©sor, 2018, Indicateurs et Conjoncture, fiche pays » – d’actifs fossiles est dĂ©tenu par ces quelques banques europĂ©ennes. Si la totalitĂ© des stocks fossiles de ces banques Ă©tait investie dans l’énergie solaire, elle permettrait d’augmenter de 618 GW la capacitĂ© mondiale installĂ©e[10], soit plus de 20 % de la capacitĂ© mondiale d’énergies renouvelables en 2020 et plus de deux fois la capacitĂ© nouvelle créée sur cette mĂȘme annĂ©e[11].Les stocks fossiles des banques varient entre 28 et 80 milliards d’euros. Sur les 11 banques Ă©tudiĂ©es, 7 dĂ©tiennent chacune plus de 45 milliards d’actifs fossiles. À elles seules, BNP Paribas et CrĂ©dit Agricole SA cumulent 151 milliards d’euros d’actifs fossiles, soit prĂšs de 30 % des actifs actifs fossiles freins Ă  la transition aujourd’hui, actifs Ă©chouĂ©s demain Tout nouvel investissement dans les Ă©nergies fossiles crĂ©e un actif financier dont la valeur repose sur un modĂšle Ă©conomique incompatible avec un monde Ă  + 1,5 °C ou mĂȘme + 2 °C. Il en dĂ©coule que tous les actifs fossiles subiront des pertes de valeur brutales ou totales avec la transition, devenant Ă  plus ou moins long terme des actifs Ă©chouĂ©s »[12]. Ce risque est depuis quelques annĂ©es sur toutes les lĂšvres, et notamment celles de l’ex-Gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney. Celui-ci dĂ©clarait en 2015 que respecter le budget carbone fixĂ© par le GIEC rendrait la vaste majoritĂ© des rĂ©serves de pĂ©trole, gaz et charbon Ă©chouĂ©e », et alertait sur l’exposition potentiellement Ă©norme des investisseurs britanniques Ă  ces risques climatiques[13].Face Ă  cette Ă©ventualitĂ©, les entreprises et acteurs financiers qui dĂ©tiennent des quan- titĂ©s massives d’actifs fossiles pourraient avoir tendance Ă  retarder la transition, alors mĂȘme que ces Ă©nergies ne sont plus com- pĂ©titives. En effet, d’aprĂšs l’IRENA[14], de 75 Ă  80 % de l’énergie Ă©olienne terrestre et du solaire mis en service en 2020 Ă  la suite d’enchĂšres ou d’appels d’offres permettent dĂ©jĂ  la production d’électricitĂ© Ă  des prix infĂ©rieurs Ă  toute alternative acteurs financiers le soulignent ils devraient naturellement ĂȘtre conduits Ă  se dĂ©tourner des actifs fossiles. Selon Jean Raby, directeur gĂ©nĂ©ral de Natixis Investment Managers il est inĂ©vitable que les combustibles fossiles attirent de moins en moins de capitaux, car ils sont de moins en moins perçus comme une source de croissance future, et il existe de rĂ©els risques liĂ©s Ă  la rĂ©glementation et aux actifs Ă©chouĂ©s. [
] Notre message Ă  l’industrie est que si vous ne positionnez pas votre entre- prise pour la transition inĂ©vitable vers une Ă©conomie sobre en carbone, vous attirerez moins d’investisseurs.»[15]. Ce message est aussi celui de l’investisseur Engine n°1 lors- qu’il indique qu’Exxon Mobil est face Ă  un risque existentiel » en refusant d’établir un plan crĂ©dible de transition[16]. ProblĂšme ce mouvement naturel » est loin d’ĂȘtre visible aujourd’hui. Les acteurs financiers – dont Natixis Investment Managers[17] – continuent de soutenir des entreprises qui sont aux antipodes de la transition inĂ©vitable vers une Ă©conomie sobre en carbone. Comme l’explique GaĂ«l Giraud dans Illusion finan- ciĂšre[18], le systĂšme financier peut ĂȘtre trĂšs incohĂ©rent, ce qui explique les crises financiĂšres. Les actifs fossiles semblent en ĂȘtre une preuve supplĂ©mentaire
Une addiction inĂ©branlableÀ l’instar d’un fumeur qui n’arrive pas Ă  arrĂȘter la cigarette, les banques sont dĂ©pendantes aux Ă©nergies fossiles. MalgrĂ© les dĂ©gĂąts qu’elle gĂ©nĂšre, cette dĂ©pendance ne se rĂ©duit pas. Selon le rapport Banking On Climate Chaos 2021, les 11 banques Ă©tudiĂ©es ont encore financĂ© Ă  hauteur de 95 milliards d’euros les Ă©nergies fossiles en 2019[19]. LĂ  encore, les 3 banques françaises BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole et SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale se distinguent en totalisant 49 milliards d’euros de de financements fossiles sur l’annĂ©e. De mĂȘme, un rapport des Amis de la Terre France et d’Oxfam France de mai 2021 dĂ©montre que les grandes banques françaises ont soutenu massivement les entreprises des Ă©nergies fossiles au cours de la crise du Covid-19, quitte Ă  augmenter encore un peu plus leur exposition et leur dĂ©pendance Ă  ces secteurs risquĂ©s[20].Alors que les banques françaises et UniCredit sont considĂ©- rĂ©es comme celles qui possĂšdent les meilleures politiques sectorielles au monde[21], elles continuent d’investir dans les Ă©nergies fossiles et possĂšdent un stock d’actifs fossiles s’élevant Ă  323 milliards d’euros. Ces chiffres montrent clairement l’insuffisance d’une approche dans laquelle les dĂ©cideurs se contentent d’attendre que les acteurs finan- ciers s’auto-rĂ©gulent et alignent d’eux-mĂȘmes leurs finance- ments sur les objectifs climatiques. Comme toute addiction dangereuse, l’arrĂȘt peut s’avĂ©rer difficile et nĂ©cessiter un accompagnement risque de dĂ©stabilisation rĂ©elAu-delĂ  de ses consĂ©quences environnementales dĂ©sas- treuses, l’addiction des banques aux Ă©nergies fossiles risque de sĂ©rieusement nuire Ă  leur santĂ© financiĂšre. Les actifs fossiles de ces 11 banques de la zone euro reprĂ©sentent l’équivalent de 95 % de l’ensemble de leurs fonds propres. Le ratio actifs fossiles sur fonds propres varie de 68 % pour Santander Ă  131 % pour CrĂ©dit Agricole[22]. Toutes les banques sans exception devraient mobiliser une part trĂšs significative de leurs fonds propres pour absorber une baisse de la valeur des actifs fossiles qu’elles il existe un vĂ©ritable risque que les actifs fossiles deviennent des actifs Ă©chouĂ©s, dont plus personne ne voudrait du fait de leur faible potentiel de prise de valeur et/ou leur mauvaise rĂ©putation. Les actifs fossiles vont de plus en plus cumuler ces deux tares[23]. Comme le souligne notamment Carbon Tracker, la dĂ©valorisation des actifs fossiles apparaĂźt alors comme une consĂ©quence logique des processus de transition en cours et dĂ©coule du fait que la consommation des rĂ©serves d’énergies fossiles exploi- tĂ©es est incompatible avec le budget carbone disponible[24]. Ainsi, il serait mĂȘme souhaitable pour la planĂšte que ces actifs deviennent Ă©chouĂ©s aussi rapidement que possible. Face Ă  la chute du prix des Ă©nergies renouvelables, de nombreuses centrales Ă  charbon ne sont dĂ©jĂ  plus com- pĂ©titives et la quasi-totalitĂ© d’entre elles ne devrait plus l’ĂȘtre d’ici 2030[25]. MĂȘme le gaz fossile, longtemps prĂ©servĂ©, est concernĂ©[26] les projets gaziers europĂ©ens reposent sur une augmentation de la consommation aux antipodes des objectifs climatiques de l’Union et crĂ©ent 87 milliards d’euros d’actifs Ă©chouĂ©s potentiels[27].Ces changements impactent logiquement les acteurs financiers. La chute des prix du pĂ©trole en 2020 avait entraĂźnĂ© une chute des valeurs boursiĂšres d’Exxon Mobil de 35 %, Shell et BP de 40 % et de Total de 20 %[28]. BlackRock, principal gestionnaire d’actif au monde, a dĂ©clarĂ© avoir perdu 90 milliards de dollars en dix ans Ă  cause des actifs fossiles[29]. Le freinage de l’expansion continue des pĂ©trole et gaz de schiste nord-amĂ©ricain, permis par une injonction permanente de capital, a entraĂźnĂ© de fortes pertes pour les grandes banques comme Wells Fargo[30]. Ces premiers exemples sont symptomatiques d’une vulnĂ©rabilitĂ© glo- bale. L’assureur Swiss Re indique qu’une taxe carbone Ă  100 dollars la tonne entraĂźnerait une baisse des revenus des entreprises du secteur de l’énergie de 40 Ă  presque 80 % suivant les zones gĂ©ographiques et toucherait par- ticuliĂšrement les rĂ©serves d’énergies fossiles, avec des pertes de crĂ©dit pour les seules activitĂ©s de production d’électricitĂ©, de pĂ©trole et de gaz entre 50 et 300 milliards de dollars, et une probabilitĂ© de non remboursement qui pourrait doubler voir tripler[31].Si l’on prend comme hypothĂšse une perte de 80 % de la valeur des actifs fossiles Ă  pĂ©rimĂštre de fonds propres inchangĂ©s, CrĂ©dit Agricole et SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale – respectivement 3Ăšme et 4Ăšme plus grandes banques Ă©tudiĂ©es – n’auraient pas assez de fonds propres pour absorber les pertes. Les fonds propres de la Deutsche Bank et de Commerzbank seraient quasiment Ă©puisĂ©s. Ce scĂ©nario de pertes s’élevant Ă  80 % peut notamment ĂȘtre rapportĂ© au fait que – d’aprĂšs Carbon Tracker – 84 % des rĂ©serves d’énergies fossiles explorĂ©es ne devraient pas ĂȘtre consommĂ©es pour permettre de mainte- nir le rĂ©chauffement climatique Ă  ainsi qu’aux chutes brutales de valeur enregistrĂ©es lors de la crise des le pire des cas, 5 banques – CrĂ©dit Agricole, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, Deutsche Bank, Commerzbank et UniCredit – n’auraient pas les fonds propres pour essuyer leurs pertes si la valeur des actifs fossiles chutait Ă  zĂ©ro. BNP Paribas les suivrait de trĂšs prĂšs, ses actifs fossiles atteignant 99 % de ses fonds Ă©lĂ©ments mettent en lumiĂšre Ă  la fois la surexposition des banques aux Ă©nergies fossiles et l’incapacitĂ© de la rĂ©gulation financiĂšre actuelle Ă  prendre en compte les risques financiers qu’ils reprĂ©sentent. Cela est d’autant plus inquiĂ©tant que notre Ă©tude se concentre uniquement sur la partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg, les actifs intrinsĂšquement liĂ©s Ă  la chaĂźne de valeur de l’industrie fossile. Nous ne prenons pas en compte les autres secteurs indirectement associĂ©s, auxquels les banques europĂ©ennes sont encore davantage exposĂ©es. On ne peut donc pas exclure un effet boule de neige » qui ferait basculer le systĂšme financier en situation de crise systĂ©mique si les secteurs tels que l’aviation, l’automobile ou la pĂ©trochimie, Ă©taient Ă  leur tour pris dans un engrenage de perte de valeur de la crise des subprimes Ă  la crise Ă©conomique et sociale Lors de la crise des subprimes, il n’avait fallu que quelques mois Ă  de nombreuses banques et acteurs financiers trĂšs exposĂ©s aux actifs subprimes pour voir leur valeur fondre de plus de 80 % en 2007 et 2008, car les subprimes Ă©taient devenus des actifs Ă©chouĂ©s. Pour certains acteurs, ce fut pire, comme par exemple pour les banques Bear Stearns – baisse de plus de 98 % dans les 12 mois prĂ©cĂ©dant son rachat en mars 2008 par JP Morgan Chase – ou Lehman Brothers – plus de 90 % de baisse entre mai et septembre 2008, avant sa en plus d’une chute du marchĂ© immobilier, le systĂšme financier s’est alors grippĂ©, entraĂźnant de nombreuses faillites bancaires sur tous les continents. Les États et banques centrales avaient alors dĂ» inter- venir massivement en catastrophe pour mettre fin Ă  une rĂ©action en chaĂźne qui Ă©branla l’ensemble du systĂšme financier. Les seuls États europĂ©ens avaient dĂ©pensĂ© 747 milliards d’euros de 2008 Ă  2015 pour secourir les banques, dont au moins 213 milliards ont Ă©tĂ© crise des subprimes, au dĂ©part limitĂ©e Ă  l’immobilier et Ă  la finance, a fortement impactĂ© la consommation des mĂ©nages et l’investissement, notamment par le resserrement des conditions de crĂ©dit du fait de la fragilitĂ© des banques. En a rĂ©sultĂ© une rĂ©cession globalisĂ©e, avec une baisse de 2,2 % du PIB mondial, Ă  un commerce international en chute libre et Ă  plusieurs pays en grande difficultĂ© comme l’Islande, l’Ukraine, l’Argentine ou l’Irlande. La crise, d’abord financiĂšre, a rapidement laissĂ© place Ă  des annĂ©es de crise Ă©conomique et sociale. Elle a notamment créé plusieurs millions de chĂŽmeurs supplĂ©mentaires, dont 800 000 en France, oĂč le nombre de chĂŽmeurs de longue durĂ©e a bondi, frappant en premier lieu les plus fragiles – ouvriers, non-diplĂŽmĂ©s, habitants des zones urbaines sensibles, immigrĂ©s[34]. Si les banques peuvent faire appel Ă  d’autres outils – et notamment des assurances – pour limiter leurs pertes et Ă©viter la faillite dans les scĂ©narios discutĂ©s, ceux-ci ne disent rien de leur prĂ©paration Ă  ces risques et ouvrent la porte Ă  une propagation des pertes auprĂšs d’autres acteurs financiers. Par ailleurs, la capacitĂ© des mĂ©ca- nismes d’assurance Ă  soutenir les banques en cas de forte diminution de la valeur des actifs fossiles est incertaine. En effet, ces pertes toucheraient simultanĂ©ment les assureurs eux-mĂȘmes – qui dĂ©tiennent eux aussi ces actifs et assurent directement des entreprises et projets fossiles – et l’ensemble des acteurs financiers qu’ils assurent. Les assureurs en dernier recours » des banques seraient alors les Etats – et donc les contribuables -, une situation qui doit absolument ĂȘtre sĂ»r, il est trĂšs peu vraisemblable qu’un tel scĂ©nario catastrophe se produise en quelques semaines. La dĂ©valorisation des actifs fossiles devrait ĂȘtre progressive compte tenu de la place cruciale qu’ils continuent d’occuper. Toutefois, quand bien mĂȘme la perte de valeur de ces actifs devait s’étaler sur plusieurs annĂ©es, le risque que ce rapport entend mettre en avant resterait inchangĂ© en l’état actuel des fonds propres bancaires, la poursuite du business as usual a fort peu de chances de permettre aux principales banques de la zone euro de faire face Ă  une une dĂ©gradation de la valeur des actifs fossiles dĂ©gradation. De plus, dans la mesure oĂč lesdites banques sont trĂšs conscientes de la gravitĂ© de ce risque Ă  moyen et long terme, il est probable qu’elles rai- sonnent dĂšs aujourd’hui par backward induction, autrement dit qu’elles freinent autant que faire se peut la transition Ă©cologique en vue de gagner du temps. C’est aussi ce danger que nous voulons mettre en lumiĂšre dans ce Ă  ce constat, certains ne manqueront pas de brandir le dĂ©veloppement de la finance verte ». Il a nĂ©anmoins Ă©tĂ© montrĂ©, notamment par Alain Grandjean et Julien Lefournier, que la finance verte telle qu’elle est pratiquĂ©e aujourd’hui est malheureusement, avant tout, du greenwashing[35]. Ceci ne doit plus nous surprendre si nous comprenons que ces pratiques sont autant de maniĂšres de gagner du temps face Ă  une Ă©chĂ©ance inĂ©luctable et qui, comme nous le montrons ici, signifierait la fin d’une trĂšs large part de l’activitĂ© bancaire en zone 2 La finance verte une fausse solutionLa finance verte en vogueDepuis l’adoption de l’Accord de Paris, la finance verte est sur toutes les lĂšvres et dans toutes les communications. La COP21 a marquĂ© le coup d’envoi d’une myriade de grands rendez-vous internationaux – One Planet Summits et Climate Finance Days – avec l’ambition affichĂ©e de mobiliser l’industrie financiĂšre au service du climat. Les institutions financiĂšres, mais aussi les banques centrales et les gouvernements, ont multipliĂ© les annonces au rythme de ces dynamique s’est notamment traduite par l’apparition d’un grand nombre de labels de durabilitĂ© et de produits financiers Ă©tiquetĂ©s socialement et environnementalement responsables. Les fonds dits ESG » – Environnement, Social, Gouvernance – enregistrent ainsi une forte croissance, tant en nombre qu’en volume global collectĂ©. En France, les encours de l’investissement responsable ont atteint 1 860 milliards d’euros fin 2019, en augmentation de 27 % par rapport Ă  2018[36]. En Europe, 250 fonds ont Ă©tĂ© renommĂ©s ESG rien qu’en parallĂšle, le marchĂ© des obligations vertes est passĂ© de 8,4 milliards d’euros en 2013 Ă  217 milliards d’euros en 2019, franchissant fin 2020 la barre des 1 000 milliards de dollars d’émissions cumulĂ©es[37]. De nouvelles obligations durables » sont apparues, comme les sustainability-linked bonds » liĂ©s Ă  des indicateurs ESG fixĂ©s par l’ grand nombre d’acteurs financiers ont aussi pris de pre- miĂšres mesures de retrait – gĂ©nĂ©ralement trĂšs partiel – de certains secteurs trĂšs Ă  risque pour le climat et les droits humains. Le premier secteur concernĂ© par ces engagements est celui du mouvement vers le durable se cantonne bien souvent Ă  de l’ parallĂšle, les acteurs financiers sont de plus en plus nombreux Ă  adopter une communication verte une publicitĂ© sur 8 diffusĂ©e dans la presse ou sur internet de janvier Ă  juillet 2020 par les acteurs financiers utilise l’argument de la finance durable pour promouvoir certains produits, inciter Ă  Ă©pargner ou attirer de nouveaux clients. C’était le cas d’une publicitĂ© sur douze en 2019[38].NĂ©anmoins, ce mouvement vers le durable se cantonne bien souvent Ă  de l’affichage. La stratĂ©gie des banques françaises resterait sur une trajectoire de rĂ©chauffement de + 4 °C, bien loin de l’objectif de + 1,5 °C inscrit Ă  l’Accord de Paris[39]. Plus de 5 ans aprĂšs la COP21, le dĂ©veloppement de la finance verte s’avĂšre dramatiquement insuffisant et beaucoup trop lent pour rĂ©pondre Ă  l’urgence de rĂ©orienter les flux le vert vire au noirSont notamment en cause des produits verts » peu efficaces et trompeurs, maquillant une rĂ©alitĂ© toute diffĂ©rente. Aucun socle lĂ©gal minimal n’existe pour les produits qui se prĂ©valent d’impacts environnementaux ou sociaux amĂ©liorĂ©s. Une dĂ©nomination durable ou verte n’est pas gage de qualitĂ© environnementale rĂ©elle. Par ailleurs, mĂȘme les labels les plus rĂ©pandus ne garantissent ainsi pas qu’un fonds exclut les Ă©nergies fossiles ou soit compatible avec les objectifs de l’Accord de Paris. 94 % des fonds labellisĂ©s investissement socialement responsable » ISR Ă©tudiĂ©s par l’ONG Reclaim Finance[40] financent des entreprises aux pratiques environnementales et sociales nocives – parmi elles, les multinationales Total, Amazon ou Bayer. Les entreprises des Ă©nergies fossiles peuvent reprĂ©senter jusqu’à 22 % d’un fonds labellisĂ© ISR d’aprĂšs le cabinet de conseil Axylia[41].De mĂȘme, et lĂ  encore du fait d’un encadrement quasi inexistant, les obligations vertes peuvent malheureusement devenir un outil de greenwashing Ă  la disposition des grandes entreprises, avec la complicitĂ© des banques. Les obligations vertes ne reposent sur aucune dĂ©finition lĂ©gale, elles peuvent respecter des principes volontaires[42] mais rien ne les empĂȘche de financer des pro- jets nĂ©fastes pour l’environnement. Par ailleurs, ces obligations reposant uniquement sur une logique de projet use of proceeds , elles peuvent financer des entreprises Ă  l’impact climatique dĂ©sastreux, et ne sont pas clairement liĂ©es Ă  une baisse des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre[43]. Des obligations vertes ont permis de financer des projets massivement polluants, comme des projets charbon en Chine en 2019. Les nouveaux outils de financement dits durables sustainability-linked sont tout aussi peu encadrĂ©s et dĂ©finis, ouvrant la porte Ă  des abus manifestes comme le montre le cas de l’entreprise pĂ©troliĂšre et gaziĂšre les promesses de transition, les produits les plus Ă©vidents et promus de la finance verte continuent Ă  capter des capitaux pour alimenter les secteurs polluants et l’industrie des Ă©nergies vert, une goutte d’eau dans un ocĂ©an d’énergies fossilesAu-delĂ  de ses problĂ©matiques de financement du vert, la finance s’avĂšre incapable de tourner le dos aux causes des dĂ©rĂšglements climatiques. Au contraire, les banques internationales ont massivement accordĂ© de nouveaux financements – nouveaux crĂ©dits, nouvelles Ă©missions d’actions et d’obligations – aux entreprises des secteurs du charbon, du pĂ©trole et du gaz. Le rapport Banking On Climate Chaos 2021[45] dĂ©voile que les 11 grandes banques de la zone euro Ă©tudiĂ©es ont financĂ© Ă  elles seules pour 495 milliards d’euros les Ă©nergies fossiles depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat. Les banques françaises sont les pires Ă©lĂšves de cette classe de cancres depuis la COP21, elles ont augmentĂ© chaque annĂ©e leurs financements aux Ă©nergies fossiles, pour devenir en 2020 leur premier soutien europĂ©en, dĂ©passant mĂȘme les banques 11 banques n’ont pas mĂȘme renoncĂ© Ă  accompagner le dĂ©veloppement des industries les plus dangereuses. Seules 5 d’entre elles – BNP Paribas, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, CrĂ©dit Agricole, BPCE, UniCredit – se sont engagĂ©es Ă  ne plus soutenir les entreprises qui construisent de nouvelles centrales et mines de charbon[46] et aucune d’entre elles n’a fait de mĂȘme pour les hydrocarbures, y compris les hydrocarbures banques favorisent encore aujourd’hui les Ă©nergies fossiles sur les Ă©nergies renouvelables. En 2018, Oxfam France[47] montrait que sur 10 euros prĂȘtĂ©s par les banques françaises au secteur Ă©nergĂ©tique, 7 euros vont aux Ă©ner- gies fossiles contre 2 euros aux Ă©nergies renouvelables. Les majors pĂ©troliĂšres et gaziĂšres massivement soutenues par les banques continuent de dĂ©velopper de nouvelles rĂ©serves et – malgrĂ© leurs grands discours – sont bien loin d’initier une transition permettant le respect de l’Accord de Paris[48]. Une analyse de Carbon Tracker montre qu’en mars 2020 58 %, 66 %, 85 % et 88 % des nouvelles dĂ©penses d’investissement respectives de Total, Shell, Equinor et Exxon n’étaient pas compatibles avec un scĂ©nario de l’Agence internationale de l’énergie AIE qui vise pourtant un rĂ©chauffement dĂ©pas- sant 1,5 °C[49].Dans ce contexte, les engagements de neutralitĂ© carbone des entreprises comme des acteurs financiers cachent de dangereuses failles[50] et omissions qui permettent le dĂ©ve- loppement continue d’activitĂ©s nĂ©fastes. Ces dĂ©clarations reposent bien souvent sur des scĂ©narios climatiques qui surestiment les possibilitĂ©s d’émissions nĂ©gatives pour mĂ©nager les Ă©nergies fossiles[51]. Les initiatives climatiques mises en place par les acteurs financiers eux-mĂȘmes – comme la Net Zero Asset Owner Initiative[52] ou la Paris Aligned Investment Initiative[53] – prĂ©sentent Ă  ce stade les mĂȘmes en dĂ©pit des belles promesses de la finance verte, les banques dĂ©jĂ  gangrenĂ©es par les actifs polluants entre- tiennent elles-mĂȘmes activement l’infection, en faisant continuellement entrer de nouveaux actifs fossiles Ă  leur bilan. Au regard des risques climatiques et financiers que fait peser cette addiction aux Ă©nergies fossiles, des actions politiques s’imposent pour 1 stopper la progression des mĂ©tastases et 2 Ă©radiquer totalement la 3 PremiĂšre Ă©tape mettre fin Ă  la folie des fossilesNotre Ă©tude vient s’ajouter Ă  une littĂ©rature dĂ©jĂ  abondante qui montre la nĂ©cessitĂ© de mettre fin au dĂ©veloppement des Ă©nergies fossiles pour sauver la planĂšte[54] comme pour protĂ©ger le systĂšme financier[55]. ArrĂȘter de financer tout nouvel investissement dans le secteur des Ă©nergies fossiles doit ĂȘtre une prioritĂ©. Pour cela, miser uniquement sur la bonne volontĂ© des banques est un mauvais calcul qui a dĂ©jĂ  prouvĂ© son initier ce mouvement, il est nĂ©cessaire de changer le cadre structurel du systĂšme financier en arrĂȘtant les soutiens indirects offerts par la politique monĂ©taire au secteur des Ă©nergies et en adaptant la rĂ©glementation nationale et europĂ©enne pour tenir compte des dangers des Ă©nergies fossiles pour l’environnement et la stabilitĂ© financiĂšre. Plus globalement, il s’agit d’aligner progressivement les cadres de la finance sur les objectifs de l’Accord de politique monĂ©taire qui s’aligne sur l’Accord de ParisEn 2020, la Banque centrale europĂ©enne BCE a lancĂ© un processus de rĂ©vision stratĂ©gique » qui doit permettre d’examiner la maniĂšre dont elle remplit son mandat et de mieux intĂ©grer les enjeux climatiques. Ce processus doit se clore en septembre 2021 et offre l’opportunitĂ© de mettre les opĂ©rations de la BCE en cohĂ©rence avec les objectifs climatiques europĂ©ens. Il revĂȘt une importance d’autant plus forte que la rĂ©ponse globale de la BCE Ă  la crise du Covid-19 devrait excĂ©der les 5 000 milliards d’euros – en liquiditĂ©s, achats d’actifs et relĂąchements prudentiels sur 2020-2022 – et bĂ©nĂ©ficie fortement aux entreprises Ă  trĂšs forte intensitĂ© carbone[56].Qu’est-ce que la BCE ?Depuis 1998, la BCE a pour objectif principal de contrĂŽler le niveau d’inflation au sein de la zone euro. Pour atteindre cet objectif de “stabilitĂ© des prix”, elle possĂšde plusieurs outils conventionnels, utilisant les taux d’intĂ©rĂȘts, ainsi que des outils non-conventionnels, notamment les rachats d’ac- tifs – ou quantitative easing –, qui se sont dĂ©veloppĂ©s pour rĂ©pondre aux crises lors des- quelles l’efficacitĂ© des outils conventionnels s’est avĂ©rĂ©e limitĂ©e. Par ailleurs, la BCE a pour objectif secondaire de contribuer Ă  l’atteinte des objectifs de l’Union EuropĂ©enne. La BCE exerce aussi une fonction importante dans le maintien de la stabilitĂ© financiĂšre RĂ©nover la neutralitĂ© de marchĂ© »La BCE conduit ses opĂ©rations monĂ©taires en suivant le principe de neutralitĂ© de marchĂ© »[57]. Celui-ci vise Ă  mini- miser l’impact de ses opĂ©rations sur le marchĂ© et Ă  Ă©viter toute distorsion, mais la conduit dans les faits Ă  adopter un biais pro-carbone et Ă  soutenir les entreprises les plus polluantes, dont celles des Ă©nergies fossiles. Pourtant, ce principe n’est pas une obligation lĂ©gale pour la banque et ses fondements reposent sur l’idĂ©e trompeuse que les opĂ©- rations monĂ©taires sont des dĂ©cisions par essence objective, qui ne doivent pas influer le marchĂ©[58].Plusieurs dirigeants de la BCE ont ouvert la porte Ă  une rĂ©vision[59] de ce principe qui s’oppose Ă  l’objectif de neu- tralitĂ© carbone de l’Union europĂ©enne. En prĂ©servant la neutralitĂ© de marchĂ© » actuelle, la BCE ignore son man- dat secondaire – pourtant obligatoire[60] – qui requiert de contribuer Ă  l’atteinte des objectifs de l’Union. En acceptant massivement les actifs fossiles dans ses opĂ©rations, elle favorise leur liquiditĂ© – et donc leur valorisation –, et met en danger[61] son mandat primaire de stabilitĂ© des prix. Le Gouverneur de la Banque centrale nĂ©erlandaise a ainsi soulignĂ© que la lutte contre le changement climatique, et donc l’objectif de limiter la hausse des tempĂ©ratures Ă  + 2 °C, pouvait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un prĂ©alable[62] Ă  l’atteinte du mandat de stabilitĂ© des rĂ©pondre Ă  l’urgence climatique et ad minima ne pas Ă©chouer dans l’application de son mandat, la BCE doit donc modifier l’interprĂ©tation actuelle de la neutralitĂ© de marchĂ© pour permettre un alignement sur les objectifs climatiques europĂ©ens et ceux de l’Accord de Des opĂ©rations monĂ©taires qui s’alignent sur les objectifs climatiquesPlusieurs Ă©tudes ont montrĂ© que les achats d’actifs d’en- treprises de la BCE possĂšdent un biais favorable aux acti- vitĂ©s les plus carbonĂ©es. Ainsi, plus de 60 %[63] 64[64] des actifs d’entreprises rachetĂ©es via son quantitative easing » appartiennent Ă  des secteurs trĂšs Ă©metteurs de CO2. Ses achats soutiennent notamment 38 entreprises[65] du secteur des Ă©nergies fossiles, dont certaines – comme Shell et Total – sont impliquĂ©es dans des projets d’expansion[66]. Le biais carbone des achats d’actifs est dĂ©sormais reconnu[67] par la BCE elle-mĂȘme. En parallĂšle, la BCE autorise les banques Ă  dĂ©poser des actifs comme collatĂ©raux, pour se financer auprĂšs d’elle sans prendre en compte l’impact environ- nemental de ceux-ci, contribuant ainsi Ă  la valorisation de ces actifs. 59 % [68] des actifs acceptĂ©s par la banque proviendraient des secteurs Ă  trĂšs forte intensitĂ© BCE doit donc commencer par dĂ©carboner ses rachats d’actifs et ses collatĂ©raux. Si une approche fine, permettant l’ajustement de ces outils de politique monĂ©taire selon les Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, est nĂ©cessaire, Ă  plus long terme, la BCE doit exclure les actifs des entreprises des Ă©nergies fossiles pour limiter les effets nĂ©gatifs de son intervention massive actuelle dans un contexte de crise. Comme le Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System NGFS le met en avant, les donnĂ©es financiĂšres nĂ©cessaires pour un alignement global des achats et collatĂ©raux sur l’Accord de Paris peuvent ne pas ĂȘtre immĂ©diatement utilisables et le recours Ă  des critĂšres facilement identifiables[69] – comme pour les Ă©nergies fossiles – est une premiĂšre Ă©tape qui crĂ©dibilise les annonces de la banque et envoie un signal fort aux acteurs financiers. Il s’agit aussi pour la BCE de ne pas accumuler progressivement les actifs fossiles, concentrant ainsi les risques Ă  son bilan sans contribuer Ă  une diminution des soutiens au secteur, et encore moins Ă  une diminution des risques associĂ©s chez les acteurs financiers ailleurs, avec la crise du Covid-19, la BCE a dĂ©cidĂ© d’octroyer des taux rĂ©duits – et mĂȘme nĂ©gatifs – aux banques qui accordent un certain volume de prĂȘts via ses opĂ©rations de refinancement de long terme TLTRO[70]. BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale et BPCE ont ainsi pu emprunter 379 milliards d’euros[71] au titre de ces opĂ©rations en 2020, rĂ©alisant au passage un profit s’élevant Ă  plusieurs centaines de millions d’euros, et continuent d’en profiter massivement en 2021[72]. Alors qu’elle n’est aujourd’hui soumise Ă  aucun critĂšre environnemental ou social, une telle mesure pourrait ĂȘtre utilisĂ©e pour orienter les prĂȘts vers des activitĂ©s durables. À titre exploratoire, la BCE devrait mettre en place un premier TLTRO vert[73] » flĂ©chĂ© vers la rĂ©novation thermique, une des prioritĂ©s environnementales de l’Union europĂ©enne qui gĂ©nĂšre des consĂ©quences Ă©cologiques et sociales trĂšs rĂ©glementation financiĂšre qui cesse d’ignorer la crise climatiqueAu-delĂ  de la politique monĂ©taire, c’est toute la rĂ©glemen- tation financiĂšre qui doit dĂ©sormais ouvrir les yeux sur les effets de la finance sur le climat et les risques du changement climatique pour sa stabilitĂ©. Sur ce front, la BCE a un rĂŽle Ă  jouer, mais son intervention ne sera pas suffisante. Elle devra s’accompagner de l’action de l’ensemble des rĂ©gu- lateurs financiers europĂ©ens et nationaux. Elle devra aussi laisser la place Ă  des textes de lois plus contraignants, seuls Ă  mĂȘme de garantir le changement radical des pratiques, nĂ©cessaire Ă  rĂ©pondre Ă  l’urgence Un encadrement strict des soutiens financiers aux Ă©nergies fossilesLes engagements volontaires et sectoriels des banques sont Ă  ce jour les seuls garde-fous existants pour limiter le soutien des acteurs financiers Ă  certaines industries nocives mais ils s’avĂšrent incapables d’empĂȘcher leur surexposition aux risques climatiques et financiers des actifs France, le gouvernement a demandĂ© en octobre 2018 aux acteurs financiers de prendre des engagements volon- taires pour mettre en Ɠuvre une sortie du charbon[74]. Presque deux ans aprĂšs, le rĂ©sultat est loin d’ĂȘtre suf- fisant de nombreux acteurs ont adoptĂ© des politiques sectorielles lacunaires[75] qui leur permettent de continuer Ă  financer le secteur et mĂȘme son dĂ©veloppement ; les autoritĂ©s de rĂ©gulation financiĂšre elles-mĂȘmes font État de niveaux d’ambitions et d’efforts consentis variables d’un Ă©tablissement Ă  l’autre[76]. De plus, ces engagements n’ont pas Ă©tĂ© synonyme de diminution des financements aux Ă©nergies fossiles[77] et leur non-respect n’est pas sanctionnĂ©[78] par les rĂ©gulateurs puisque ce sont des engagements volontaires. Le gouvernement français a lancĂ© fin 2020 un nouvel appel Ă  la Place de Paris, demandant aux acteurs financiers de se doter d’une stratĂ©gie de sortie des pĂ©trole et gaz non-conventionnels[79]. Absolument rien ne garantit lĂ  encore que cette simple demande soit suivie des actions est donc impĂ©ratif de cesser de parier uniquement sur l’inopĂ©rante auto-rĂ©gulation des banques, et d’encadrer dans la loi les activitĂ©s des acteurs financiers dans les Ă©nergies fossiles. Ces normes contraignantes doivent Ă  minima exiger des banques de mettre immĂ©diatement un terme Ă  tout soutien financier aux nouveaux projets[80] d’énergie fossile et aux entreprises qui les portent, et de se conformer Ă  un Ă©chĂ©ancier dĂ©taillĂ© de sortie des Ă©nergies fossiles compatible avec l’objectif de limiter le rĂ©chauffement Ă  1,5 °C[81]. La mise en Ɠuvre de ces mesures par les acteurs financiers doit ĂȘtre contrĂŽlĂ©e de maniĂšre indĂ©pendante par les autoritĂ©s de rĂ©gulation financiĂšre nationales et europĂ©ennes et assortie de sanctions financiĂšres dissuasives en cas de Des exigences de capitaux qui reflĂštent les risques supportĂ©s en soutenant les Ă©nergies fossilesLa rĂ©glementation prudentielle les obligations de capitaux propres impose aux banques de conserver une certaine quantitĂ© de rĂ©serves pour assurer la stabilitĂ© du systĂšme. Pourtant, comme le rĂ©vĂšle notre Ă©tude, la faiblesse des fonds propres des banques les mettrait face Ă  un risque de faillite si leurs actifs fossiles en stock venaient Ă  connaĂźtre une dĂ©valuation importante et Ă  devenir des actifs Ă©chouĂ©s »[82]. Cela s’explique pour la bonne et simple raison que les banques ne prennent aujourd’hui pas en compte l’exposition aux risques donnĂ© cette accumulation d’actifs risquĂ©s au bilan des banques, il est nĂ©cessaire que celles-ci se mettent en conformitĂ© avec l’article 128 de la Capital Requirement Regulation CRR qui stipule que Les Actifs par- ticuliĂšrement risquĂ©s » doivent ĂȘtre surpondĂ©rĂ©s dans leur exposition aux risques. De plus, comme le suggĂšre Finance Watch[83], le facteur de risque liĂ© aux actifs fossiles utilisĂ© pour calculer ces obligations de capitaux doit ĂȘtre drastiquement relevĂ©, particuliĂšrement lorsqu’il s’agit du financement de nouveaux projets d’énergies mobilisation immĂ©diate de la CRR[84] est suffisante pour appliquer cette mesure au niveau europĂ©en, avant une potentielle extension Ă  l’échelle mondiale via une rĂ©vision de BĂąle Des risques systĂ©miques mieux intĂ©grĂ©sLes coussins de risques systĂ©miques[85] systemic risk buffers permettent de prendre en compte les risques financiers de long terme non-cycliques en augmentant les exigences de fonds propres. Ils sont fixĂ©s par les banques centrales et rĂ©gulateurs nationaux pour les banques dites non-sys- tĂ©miques, et par la BCE pour les banques d’importance changement climatique Ă©tant dĂ©sormais reconnu comme un risque systĂ©mique – notamment par le NGFS[86], la BCE[87]et l’ESRB en Europe[88], la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale et le CFTC aux Etats-Unis[89], ou encore la Banque d’Angleterre[90] – son incorporation Ă  ce coussin » systĂ©mique ou la crĂ©ation d’un sur-coussin » climatique est logique. La pertinence de cet outil est d’autant plus forte que le risque climatique se caractĂ©rise par une incertitude radicale[91] » qui rend particuliĂšrement complexe toute prĂ©vision et nĂ©cessite la prise de mesure prĂ©ventive. Elle complĂšte la mesure pro- posĂ©e sur les obligations de Des Ă©pargnants protĂ©gĂ©s des risques climatiquesLes Deposit Guarantee Schemes » – obligations de garanties – obligent les banques Ă  rembourser un montant minimal garanti aux Ă©pargnants en cas de faillite. Au sein de l’UE, ce montant est d’au moins 100 000 euros mais peut varier selon les exigences montants provisionnĂ©s pour cette garantie devraient ĂȘtre modulĂ©s selon l’exposition de la banque aux Ă©nergies fossiles. En accumulant des actifs fossiles la banque fait courir un risque important Ă  ses clients et Ă  l’État qui paieront le coĂ»t de sa faillite si les risques climatiques se matĂ©rialisent. L’utilisation des garanties de dĂ©pĂŽt permet de prĂ©venir ce report de charge tout en favorisant l’émergence d’un cercle vertueux de rĂ©duction des risques et des impacts Une titrisation encadrĂ©e pour Ă©viter la diffusion des risquesLa titrisation des actifs est un argument supplĂ©mentaire en faveur de l’intervention du rĂ©gulateur. Aujourd’hui, les investisseurs – courtiers, traders, banques – achĂštent des paniers de titres dans lesquels on retrouve des actifs divers et variĂ©s. On peut retrouver dans ces paniers d’actifs une certaine part d’emprunts liĂ©s aux Ă©nergies fossiles, mais celle-ci est diffuse et donc difficilement identifiable. En 2007-2008, la titrisation avait contribuĂ© Ă  empirer la crise des systĂšme opaque contribue Ă  la diffusion des risques liĂ©s aux actifs fossiles, tout en rendant leur traçabilitĂ© plus complexe. La responsabilitĂ© est alors Ă©clatĂ©e entre les nombreux investisseurs. Avec des actifs titrisĂ©s, il est donc plus difficile de rĂ©guler ou d’évaluer correctement l’exposition aux risques. Pour pouvoir effectuer un suivi des actifs fossiles et de la responsabilitĂ© associĂ©e, et Ă©viter une diffusion des risques, il faut interdire les titrisations complexes de ces Des dividendes et des bonus clairement liĂ©s Ă  des critĂšres environnementauxÉtant donnĂ© leur poids dans la gouvernance des banques, la transition Ă©cologique ne se fera pas sans l’engagement des actionnaires et des membres des comitĂ©s exĂ©cutifs. Si des politiques internes aux banques peuvent ĂȘtre mises en place pour s’assurer que les bonus ou dividendes soient liĂ©s Ă  l’atteinte d’objectifs environnementaux, ces pratiques restent trĂšs embryonnaires. Aujourd’hui, 65 % des cadres dirigeants des 39 banques internationales analysĂ©es par Demog sont liĂ©es Ă  des industries polluantes et leurs groupes de lobby. Ce chiffre dĂ©passerait les 80 % dans plusieurs grandes banques – comme Wells Fargo ou JP Morgan Banque centrale europĂ©enne a par exemple demandĂ© aux banques de limiter les dividendes versĂ©s durant la crise du Covid-19, Ă©vĂ©nement ponctuel et moins dangereux pour la stabilitĂ© financiĂšre de long terme que la crise climatique92. Ainsi, cela a permis mĂ©caniquement de renforcer les fonds propres des banques pour affronter la crise du Covid-19. Elle doit donc demander de limiter le versement des dividendes – par exemple Ă  33 % des bĂ©nĂ©fices, contre environ 50 % en moyenne aujourd’hui – pour toutes les banques qui continuent Ă  octroyer de nouveaux services financiers Ă  l’industrie fossile. De la mĂȘme façon, les gouvernements et la rĂ©glementation europĂ©enne pourraient intervenir pour limiter durablement les bonus des comitĂ©s exĂ©cutifs tant que de nouveaux actifs fossiles sont enregistrĂ©s par l’ 4 DeuxiĂšme Ă©tape faire table rase du passĂ© fossileSi l’alignement de la politique monĂ©taire sur l’Accord de Paris et l’émergence d’une rĂ©glementation Ă  la hauteur des enjeux climatiques est un prĂ©alable urgent afin d’endiguer l’afflux des soutiens financiers aux Ă©nergies fossiles, elles ne permettront pas d’apurer le stock considĂ©rable d’actifs fossiles dĂ©tenus par les banques alors qu’il est nĂ©cessaire d’accroĂźtre les capacitĂ©s de financements pour concrĂ©tiser une vraie transition Ă©cologique. Pour vider ce stock, assurer une sortie progressive des Ă©nergies fossiles et libĂ©rer les capacitĂ©s de financement nĂ©cessaire Ă  la transition, une intervention majeure et dĂ©cisive est banque fossile » europĂ©enne pour initier la sortie des Ă©nergies fossilesLe respect de l’Accord de Paris implique la sortie des Ă©nergies fossiles, sortie qui nĂ©cessite une prĂ©paration rigoureuse et stricte si l’on souhaite l’opĂ©rer en minimisant les effets nĂ©gatifs environnementaux et option serait que la BCE rachĂšte les actifs fossiles dĂ©tenus par les banques. Ce rachat pourrait se faire de maniĂšre indirecte via une banque fossile » europĂ©enne et publique, filiale de la BCE, chargĂ©e de la gestion des actifs fossiles selon une trajectoire de sortie compatible avec unrĂ©chauffement de 1,5 °C. Cette nouvelle structure Ă©mettrait des titres achetĂ©s par la BCE qui lui permettrait d’acquĂ©rir les actifs fossiles accumulĂ©s par les banques bad banks », un outil rĂ©aliste de gestion des actifs Ă©chouĂ©sSi l’intervention de la banque centrale proposĂ©e dans ce rapport peut paraĂźtre impressionnante, elle ne serait pas inĂ©dite. À la sortie de la 2nde guerre mondiale, lorsque l’économie Ă©tait au plus mal et que les banques dĂ©tenaient de nombreux crĂ©dits qui n’allaient pas ĂȘtre remboursĂ©s, la banque centrale avait mĂȘme rachetĂ© toutes les crĂ©ances dites pourries » pour les le mĂ©canisme de structure de dĂ©faisance » ou bad bank », structure indĂ©pendante créée pour rĂ©cupĂ©rer les actifs dits pourris ou Ă©chouĂ©s, n’est pas nouveau. Leur mission est, lorsque le contexte est plus favorable, de se sĂ©parer des titres dits illiquides, c’est-Ă -dire dont personne ne veut. Des structures de dĂ©fai- sance ont notamment Ă©tĂ© utilisĂ©es dans plusieurs pays – dont les Etats-Unis, l’Alle- magne, l’Espagne ou la France – suite Ă  la crise des proposition de crĂ©ation d’une structure de dĂ©faisance est aujourd’hui discutĂ©e depuis quelques mois au sein de l’Union EuropĂ©enne afin de limiter les effets de l’endettement des pays depuis le dĂ©but de la crise du Covid-19. La PrĂ©sidente de la BCE, Christine Lagarde, s’est exprimĂ©e sur le sujet en fĂ©vrier niveau international, le Climate Safe Len- ding Network et Climate KIC recommandent la crĂ©ation d’une bad bank » pour gĂ©rer les actifs les plus risquĂ©s au regard de la crise de faire intervenir la Banque centrale Ă  cet endroit est qu’elle est la seule banque du systĂšme bancaire europĂ©en Ă  pouvoir accuser des pertes supĂ©rieures Ă  ses fonds propres sans faire faillite. Comme l’a rappelĂ© rĂ©cemment la Banque des RĂšglements Internationaux, une banque centrale peut parfaitement fonctionner avec des fonds propres nĂ©gatifs[95]. Aujourd’hui, les fonds propres de la BCE sont extrĂȘmement rĂ©duits Ă  peine 80 milliards d’euros. La raison en est que la crĂ©dibilitĂ© de l’euro ne dĂ©pend nullement de ces fonds propres puisqu’en cas de perte, la BCE peut se renflouer elle-mĂȘme via la crĂ©ation monĂ©taire – ce qu’aucune banque de second rang ne peut faire. Les fonds propres de la BCE sont donc trĂšs infĂ©rieurs au montant de la perte qu’elle enregistrerait si elle devait, demain, porter Ă  son bilan les actifs fossiles des 11 banque que nous avons Ă©tudiĂ©es, et si la valeur de ces actifs devait brutalement chuter Ă  zĂ©ro. Qu’à cela ne tienne, la BCE est la seule banque de la zone euro capable d’assumer une telle perte – plus de 500 milliards d’euros aujourd’ solution exige une volontĂ© politique forte de la part des institutions europĂ©ennes et pourrait bĂ©nĂ©ficier d’une rĂ©vision du mandat de la BCE, rendant son objectif de sta- bilitĂ© des prix compatible explicitement avec l’avĂšnement d’un systĂšme durable et Un rachat sous-conditionsAfin de contribuer Ă  la transition et de ne pas exempter les banques de toute responsabilitĂ©, le rachat des actifs fossiles devra ĂȘtre conditionnĂ© Ă  a. L’arrĂȘt total de tout service financier aux projets d’énergies fossiles et aux entreprises dĂ©veloppant ces L’application d’une dĂ©cote de 10 % – par exemple – sur la valeur des actifs – que les banques suppor- teront via leurs fonds propres – et la limitation des rachats Ă  70 % des actifs fossiles dĂ©tenus par la banque. De telles proportions permettent ainsi, Ă  la fois, que les banques gĂšrent et paient une partie des consĂ©quences de leurs actes, d’oĂč une dĂ©cote sensible, et qu’elles ne soient plus entravĂ©es dans le financement de la transition Ă©cologique, d’oĂč le rachat d’une majoritĂ© de leurs actifs fossiles vouĂ©s Ă  devenir des actifs L’adoption d’un plan de sortie des Ă©nergies fossiles, alignĂ© sur une trajectoire de 1,5 °C, pour tous les actifs fossiles rachat des actifs fossiles serait effectuĂ© lors d’une intervention exceptionnelle et limitĂ©e dans le temps. Les critĂšres de celles-ci devront avoir Ă©tĂ© dĂ©finis au prĂ©alable et validĂ©s par l’ensemble des acteurs politiques et financiers. Il est possible d’envisager plusieurs tours de rachat d’ les banques n’ayant pas participĂ© aux prĂ©cĂ©dents. Le cas Ă©chĂ©ant, ils devront ĂȘtre prĂ©vus dĂšs le dĂ©part, et ĂȘtre effectuĂ©s dans des conditions moins avantageuses que les premiĂšres opĂ©rations – par exemple avec une dĂ©cote accrue – afin d’éviter les effets d’ conditions permettent de limiter les effets de cette intervention massive en matiĂšre de perte de confiance, argument souvent avancĂ© pour repousser l’idĂ©e d’une annu- lation de du dispositif ne bĂ©nĂ©ficiera qu’aux banques volontaires, qui s’engagent rĂ©solument vers une sortie des Ă©nergies fossiles et souhaitent profiter de l’opĂ©ration pour apurer leurs stocks d’actifs fossiles et libĂ©rer des capacitĂ©s de financement Une gestion des actifs dans un but de transition justeSuite Ă  leur rachat, les actifs fossiles seraient gĂ©rĂ©s dans une logique de transition juste par la nouvelle banque fossile rattachĂ©e Ă  la BCE. Il s’agit pour la banque d’opĂ©rer comme une structure de dĂ©faisance permettant d’isoler ces actifs. Elle aurait notamment pour objectif de garantir la fermeture progressive de l’ensemble des sites et infrastructures d’énergies fossiles selon un calendrier cohĂ©rent avec la science climatique. Les scĂ©narios actuellement alignĂ©s avec l’objectif 1,5 °C prĂ©voient La sortie du charbon au plus tard en 2030 en Europe et dans les pays de l’OCDE, 2040 partout dans le monde ;La sortie des autres Ă©nergies fossiles au plus tard dans la dĂ©cennie parallĂšle, les États et les banques centrales pourraient soutenir les rĂ©gions les plus touchĂ©es et accompagner l’en- semble des travailleurs et travailleuses dans un processus de reconversion professionnelle. C’est une rĂ©elle gestion de l’extinction des activitĂ©s liĂ©es Ă  l’exploitation des Ă©nergies fossiles qui doit ĂȘtre pensĂ©e et mise en place, avec toutes les mesures Ă©conomiques et sociales que cela implique. De nombreux leviers peuvent ĂȘtre utilisĂ©s comme l’émission d’obligations de transition juste » par la Banque euro- pĂ©enne d’investissement BEI, ou encore la crĂ©ation d’un fond de transition juste » financĂ© par les achats de titres de la BCE, les États et les banques qui auraient bĂ©nĂ©ficiĂ© du rachat de leurs stocks d’actifs fossiles. À la clef, l’atteinte des objectifs climatiques europĂ©ens et la crĂ©ation de nombreux nouveaux emplois verts[97].La gestion de cette structure pourrait ĂȘtre confiĂ©e Ă  la BEI ou tout autre organisme possĂ©dant les compĂ©tences pour mener Ă  bien ces solution Ă  exporter au-delĂ  de l’EuropeBien entendu, les actifs fossiles ne sont pas uniquement concentrĂ©s dans les banques europĂ©ennes. Les financements des 60 plus grandes banques mondiales au secteur des Ă©nergies fossiles ne cessent d’augmenter depuis 2016 et atteignent 3 393 milliards d’euros sur cette pĂ©riode[98]. Les plus grands financeurs des Ă©nergies fossiles sont les banques nord-amĂ©ricaines. Les trois premiĂšres banques de ce sinistre classement – JP Morgan, Wells Fargo et Citi – totalisent Ă  elles-seules 585 milliards de dollars de finan- cements au secteur de 2016 Ă  les rĂ©gions du monde connaĂźtront les mĂȘmes pro- blĂ©matiques, et toutes auront besoin de solutions pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Il est Ă  noter qu’en plus des mĂȘmes difficultĂ©s de financer la transition Ă©cologique, plusieurs grandes banques internationales se verraient confronter Ă  un risque de faillite en cas de brusques variations sur les marchĂ©s, en particulier la Wells Fargo aux États-Unis, qui possĂšderait des actifs fossiles reprĂ©sentants plus de 300 % de ses fonds solution proposĂ©e Ă  l’échelle europĂ©enne gagnerait donc Ă  ĂȘtre rĂ©pliquĂ©e et Ă©tablie en collaboration avec les autres grandes banques centrales mondiales pour au moins deux raisons garantir une sortie globale des Ă©nergies fossiles alignĂ©e sur les objectifs de l’Accord de Paris ; Ă©viter un dĂ©sĂ©- quilibre monĂ©taire et financier entre les acteurs europĂ©ens et les acteurs mondiaux. Cette coordination idĂ©ale ne doit cependant pas justifier une inaction des institutions et des gouvernements GaĂ«l GiraudLa forte diminution puis la fin de la production et de l’utilisation des Ă©nergies fossiles est une condition incontournable pour limiter les dĂ©rĂšglements climatiques. Tout retard diminue considĂ©rablement les chances de maintenir le rĂ©chauffement planĂ©taire Ă  un maximum de + 2 °C et au plus prĂšs de + 1,5 °C, augmentant massivement les dĂ©gĂąts humains, sociaux, Ă©conomiques et financiers associĂ©s. Le calendrier de la transformation de nos sociĂ©tĂ©s vers un monde bas-carbone importe donc au plus haut point. Dans ce contexte, le risque de transition » liĂ© Ă  la vitesse Ă  laquelle nous nous libĂ©rons de notre dĂ©pendance aux actifs fossiles constitue un vĂ©ritable dĂ©fi. En effet, la fin de notre addiction aux Ă©nergies fossiles signifiera tĂŽt ou tard que les actifs financiers associĂ©s aux fossiles perdront toute valeur marchande. Ce rapport suggĂšre qu’une estimation prudente des pertes qu’occasionnerait l’échouage de ces actifs s’élĂšve Ă  500 milliards d’euros pour les 11 plus grandes banques de la zone euro et reprĂ©sente une moyenne de 95 % de leurs fonds propres. Ces chiffres continueront d’augmenter si les banques accroissent davantage encore leur exposition aux hydrocarbures fossiles, comme certaines semblent dĂ©terminĂ©es Ă  le l’absence de rĂ©action des pouvoirs publics et rĂ©gulateurs financiers, le secteur bancaire pourrait juger qu’en matiĂšre de dĂ©carbonation de nos sociĂ©tĂ©s, il est urgent d’attendre. Or la planĂšte et notre humanitĂ© ne peuvent pas attendre. Tout comme le systĂšme financier qui accroĂźt les risques de voir une crise de type subprimes survenir Ă  nouveau si rien n’est regard de cette menace, la premiĂšre urgence est de changer les rĂšgles du jeu pour les acteurs financiers, afin d’empĂȘcher tout nouvel investissement dans les charbon, pĂ©trole et gaz, et arrĂȘter ainsi le dĂ©veloppement de nouvelles mĂ©tastases fossiles. Cela ne sera possible qu’en supprimant tous soutiens aux Ă©nergies fossiles telles qu’actuellement offerts par la politique monĂ©taire, et en adaptant la rĂ©glementation nationale et europĂ©enne pour contraindre les banques Ă  aligner leurs activitĂ©s avec les objectifs de l’Accord de que le stock des actifs fossiles et le risque de transi- tion qui pĂšse sur eux n’obĂšrent pas toute capacitĂ© de nos Ă©conomies Ă  s’engager dans la reconstruction Ă©cologique, il importe Ă©galement de trouver un moyen de pratiquer l’ablation des mĂ©tastases fossiles prĂ©sentes dans les bilans bancaires. La crĂ©ation d’une structure de dĂ©faisance qui dĂ©barrasserait nos banques desdits actifs est la premiĂšre idĂ©e qui vient Ă  l’esprit, et celle qui sera probablement promue par le secteur bancaire Ă  terme. Nous devons prendre garde, toutefois, Ă  savoir qui paiera la note, autrement dit qui devra assumer le coĂ»t financier induit par la perte de valeur des actifs fossiles. Si nous ne rĂ©flĂ©chissons pas Ă  un dispositif original, il y a fort Ă  parier que ce sera le contribuable, une fois de plus. Notre proposition consiste donc Ă  faire assumer la perte, non par le contribuable mais en partie par les banques elles-mĂȘmes, et largement par la Banque centrale entendu, il ne s’agit pas de nourrir l’illusion qu’un seul acteur, fĂ»t-ce la BCE, peut Ă  lui seul rĂ©soudre l’entiĂšretĂ© du problĂšme posĂ© par le risque de transition et les stocks d’actifs fossiles. Nous avons volontairement centrĂ© notre analyse sur cet aspect du problĂšme mais, en vĂ©ritĂ©, il est lui-mĂȘme Ă©troitement liĂ© au risque physique que fait peser le dĂ©rĂšglement Ă©cologique sur nos sociĂ©tĂ©s et Ă©conomies, lequel ne concerne Ă©videmment pas que les banques mais aussi les assurances et l’ensemble de l’économie rĂ©elle. Bien d’autres dispositifs sont Ă  mettre en place pour tenter d’af- fronter ce problĂšme systĂ©mique dans toute sa complexitĂ©[99]. Notre proposition est donc forcĂ©ment modeste. Elle aura mĂ©ritĂ© d’ĂȘtre formulĂ©e si elle permet un vĂ©ritable dĂ©bat dĂ©mocratique autour de la maniĂšre dont nous voulons relever le dĂ©fi Ă©cologique au cours des prochaines dĂ©cennies autrement qu’en laissant le contribuable subir les dĂ©gĂąts environnementaux et sociaux colossaux qui s’annoncent, tout en en payant la 3 MĂ©thodologie dĂ©taillĂ©eLa mĂ©thodologie de ce rapport est construite en quatre Ă©tapes PĂ©rimĂštre de l’étude L’étude concerne les donnĂ©es financiĂšres 2019 des principales banques de la zone euro En France BNP Paribas, CrĂ©dit Agricole, SociĂ©tĂ© GĂ©nĂ©rale, BPCE. En Allemagne Deutsche Bank et Commerzbank. En Italie UniCredit et Intesa Sanpaolo. En Espagne Santander et BBVA. Aux Pays-Bas ING. Toutes les banques ont Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es au niveau de leur pĂ©rimĂštre Groupe », exceptĂ© pour CASA, dont les donnĂ©es financiĂšres 2019 sont de meilleures qualitĂ©s que le Groupe CrĂ©dit Agricole. DĂ©finition du terme actifs fossiles » Les actifs fossiles » sont dĂ©finis comme tous les actifs produits financiers nĂ©cessaires au financement des activitĂ©s fossiles, qui regroupent l’exploration, l’exploitation, la distribution – y compris le transport, le raffinage, etc. – des Ă©nergies fossiles – pĂ©trole, le gaz et le charbon –, et la production d’électricitĂ© Ă  partir de ces ressources. NB Ne sont pas intĂ©grĂ©s Ă  l’étude les actifs indirectement liĂ©s Ă  ces ressources Ă©nergĂ©tiques, tels que le secteur automobile, le transport aĂ©rien, etc. Recherche des actifs des banques L’étude se base sur deux documents publiĂ©s par les banques le rapport financier annuel – ou document d’enregistrement universel – et le rapport Pillar III – ou rapport sur les risques. Le rapport financier annuel intĂšgre le bilan comptable des banques qui indique notamment la valeur des diffĂ©rents actifs dĂ©tenus. Le montant total des actifs a Ă©tĂ© divisĂ© en trois catĂ©gories Les actifs crĂ©dits, qui regroupent les crĂ©dits des banques aux particuliers, aux entreprises et aux États ; Les actifs d’investissement –produits de marchĂ© et assurances –, qui regroupent tous les actifs qui s’échangent sur les marchĂ©s financiers ; Les autres actifs. Une fois les montants totaux actifs crĂ©dit » et actifs d’investissement » identifiĂ©s, il faut y dĂ©terminer la part des actifs fossiles. L’addition des actifs fossiles dans la partie crĂ©dit et dans la partie de produits de marchĂ© et d’assurance nous indiquera le montant total des actifs fossiles dĂ©tenus par les banques. a. Actifs fossiles dans la partie crĂ©dits actifs crĂ©dits Pour identifier la part des actifs fossiles dans les actifs crĂ©dit, nous utilisons dans le Pillar III le tableau CRB-D » qui ventile les expositions aux risques de crĂ©dit par industrie/ secteurs d’activitĂ©. Ce tableau dĂ©taille les valeurs nettes des expositions du bilan et hors bilan – correspondant aux valeurs comptables figurant dans les Ă©tats financiers, selon le champ d’application de la consolidation rĂ©glementaire. À partir de cette classification, nous identifions dans le tableau les industries dans lesquelles se trouvent des actifs fossiles – Oil & Gas », Energy », etc. Pour chacun des secteurs, nous appliquons des clĂ©s de rĂ©partition uniquement sur le montant des crĂ©dits bruts. Nous prenons l’hypothĂšse trĂšs prudente de ne comptabiliser aucun actif fossile dans le hors-bilan. Deux options se prĂ©sentent pour identifier la part fossile de chaque secteur a. Lorsque les secteurs de crĂ©dit entrent entiĂšrement dans le pĂ©rimĂštre dĂ©fini – par exemple, Oil & Gas » –, le montant est inclus dans sa totalitĂ©. b. Lorsque les secteurs de crĂ©dit ne comprennent qu’une partie du pĂ©rimĂštre, nous avons dĂ©fini 2 options Si la partie fossile est prĂ©cisĂ©e dans le rapport annuel de la banque – ou autres documents publics –, elle est reprise dans l’étude. Si rien n’est prĂ©cisĂ©, nous appliquons une clĂ© de rĂ©partition standard pour sĂ©parer la partie fossile » du reste de l’activitĂ©. Chaque clĂ© de rĂ©partition est construite avec des donnĂ©es Ă©conomiques et financiĂšres spĂ©cifiques au secteur en question et accessibles publiquement en suivant l’une de ces trois mĂ©thodes a. Soit nous calculons le poids du secteur dans l’économie PIB, chiffre d’affaire des leaders du secteur. b. Soit nous calculons le poids du secteur dans les indices financiers MSCI, Barclays-Bloomberg, etc. c. Soit nous prenons la mĂȘme clĂ© de rĂ©partition qu’une autre banque qui prĂ©cise la part fossile dans les prĂȘts du mĂȘme secteur – via leur portefeuille de crĂ©dits. Une fois que nous avons calculĂ© la part d’actifs fossiles crĂ©dit publiĂ©e dans le Pillar III, cela donne un ratio, un % d’actifs fossiles, que nous appliquons au montant total d’actifs crĂ©dit brut notifiĂ© dans le bilan. NB Concernant le secteur financier – souvent nommĂ© Banques et Assurances » –, la clĂ© de rĂ©partition est calculĂ©e grĂące Ă  la moyenne de la part d’actifs fossiles de crĂ©dits – hors finance – des banques europĂ©ennes inclues dans le pĂ©rimĂštre ceci reprĂ©sente la proportion des prĂȘts interbancaires utilisĂ©s pour financer les industries fossiles. b. Actifs fossiles dans les produits de marchĂ© et assurances actifs d’investissement Les actifs fossiles dans les produits de marchĂ© et d’assurances correspondent Ă  la part des produits financiers fossiles » autres que les crĂ©dits que possĂšdent les banques pour leurs activitĂ©s. Pour rappel, le total d’actifs d’investissement est rapportĂ© dans le bilan comptable et est constituĂ© des instruments financiers en valeur de marchĂ© par rĂ©sultat, des actifs financiers en valeur de marchĂ© par capitaux propres, des placements des activitĂ©s d’assurance, etc. Les instruments liĂ©s aux dĂ©rivĂ©s ainsi qu’aux REPOs ont Ă©tĂ© intĂ©grĂ©s Ă  ces montants car ils peuvent contenir des produits liĂ©s directement ou indirectement aux actifs fossiles. Pour dĂ©terminer la part fossile a. Quand l’information de la part fossile dans les actifs investissement est donnĂ©e, nous la reportons. b. Quand l’information est manquante, nous utilisons une estimation Ă  4,62 %, basĂ©e sur D’une part, la part des industries pĂ©troliĂšres, gaziĂšres et de charbon dans le MSCI Europe, soit 3,56 %, pondĂ©rĂ©e Ă  75 %. D’autre part, la part des obligations des entreprises du secteur des Ă©nergies fossiles dans les obligations europĂ©ennes – hors obligations Ă©mises par les banques –, soit 7,8 % pour les industries fossiles en 2020, pondĂ©rĂ© Ă  25 %[100]. Les actifs libellĂ©s Caisse et Banque Centrale », qui sont pourtant des produits de dette Ă©changeables sur les marchĂ©s financiers, n’ont pas Ă©tĂ© inclus dans les actifs investissement. En effet, leur trĂšs faible maturitĂ© – dĂ©lai de remboursement infĂ©rieur Ă  l’annĂ©e – rend leur valeur peu exposĂ©e Ă  une transition Ă©cologique qui demeure une transformation qui s’envisage sur un temps relativement long. c. Le cas des actifs REPO Les Repurchase agreements » REPO sont des contrats qui permettent de prĂȘter/emprunter des titres financiers – actions ou obligations – en Ă©change d’un collatĂ©ral monĂ©taire. S’il est tout Ă  fait possible de trouver des actifs fossiles dans les REPO, il est vrai qu’une partie importante de ces contrats concerne des obligations d’État qui n’ont aucun lien avec des activitĂ©s fossiles. Ainsi, pour les besoins de notre Ă©tude, le montant total des contrats REPO est divisĂ© en deux parties Ă©gales 50 % action nous appliquons Ă  ce montant la ratio explicitĂ© en b ci-dessus. 50 % obligation nous considĂ©rons que 75 % de cette activitĂ© concerne des obligations d’État qui sortent du pĂ©rimĂštre de l’étude. Nous appliquons donc le ratio b Ă  seulement 25 % de cette partie obligataire. d. Les autres actifs Les autres lignes des bilans des banques sont regroupĂ©es dans les autres actifs ». On y retrouve notamment les montants Caisses et Banque Centrale », Goodwill », etc. Nous y avons placĂ© aussi la part des actifs REPO qui sont considĂ©rĂ©s sans actifs fossiles voir paragraphe Le cas des actifs REPO » au-dessus. Aucun actif fossile n’est retenu pour ces autres actifs. 4. Actifs fossiles vs. fonds propres Afin d’identifier la part de fonds propres, nous prenons le montant rapportĂ© au Common Equity Tiers 1 » CET1 publiĂ© par les banques, car il s’agit des fonds propres les plus sĂ»rs des banques, non-dĂ©formĂ©s par leurs estimations des risques. En cas de forte chute de valeur dans le secteur des Ă©nergies fossiles, seuls les fonds propres CET1 sont mobilisables suffisamment rapidement pour servir de coussin de sĂ©curitĂ©. Le reste des fonds propres peut intĂ©grer des produits liĂ©s aux Ă©nergies fossiles ou d’autres actifs trĂšs exposĂ©s aux risques climatiques. Le ratio actifs fossiles sur fonds propres est un trĂšs bon indicateur de la santĂ© financiĂšre des banques en cas de crise liĂ©e aux secteurs des pĂ©trole, gaz et charbon. MĂ©thodologie co-construite Cette mĂ©thodologie a Ă©tĂ© co-construite avec diffĂ©rents experts du monde bancaire. Notamment avec le cabinet Carbone4 Finance, qui a bien voulu challenger les diffĂ©rents points de cette mĂ©thodologie jusqu’aux rĂ©sultats finaux afin de s’approcher au mieux de la rĂ©alitĂ©. De plus, les 11 banques europĂ©ennes ont Ă©tĂ© contactĂ©es afin qu’elles puissent faire part d’éventuelles remarques ou transmettre des donnĂ©es alternatives. Ces retours ont donnĂ© lieu Ă  plusieurs modifications lorsqu’elles Ă©taient justifiĂ©es et sourcĂ©es. La question des assurances et des autres sĂ©curitĂ©s prudentielles Comme mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment, cette Ă©tude prend uniquement en compte les Common Equity Tier 1 » CET 1 qui sont immĂ©diatement mobilisables et permettent d’estimer la capacitĂ© de la banque Ă  absorber d’elle-mĂȘme et directement les pertes Ă©ventuelles. L’épuisement thĂ©orique des CET 1 n’est pas pour autant synonyme de situation de faillite. D’autres ressources, et notamment les autres leviers prudentiels, peuvent ĂȘtre mobilisĂ©s. Surtout, les banques sont largement assurĂ©es et une partie des pertes devrait ĂȘtre transfĂ©rĂ©e Ă  leurs assureurs. Ces Ă©lĂ©ments n’ont pas Ă©tĂ© pris en compte dans le pĂ©rimĂštre de cette Ă©tude dans la mesure oĂč celle-ci vise spĂ©cifiquement Ă  identifier de quelle maniĂšre les banques et la rĂ©gulation financiĂšre intĂšgrent – ou n’intĂšgrent pas – les risques spĂ©cifiques liĂ©s Ă  la dĂ©tention d’actifs fossiles. Il s’agit alors de responsabiliser les banques dans la dĂ©tention de leurs actifs, et non de parier sur un Ă©ventuel report ou une dilution de la perte financiĂšre affĂ©rente. Notons d’ailleurs que se reposer sur de tels mĂ©canismes fait courir un risque important de propagation des pertes, qui pourrait in fine nĂ©cessiter l’intervention des Etats et donc faire porter le coĂ»t final aux contribuables. De plus, la capacitĂ© d’action des assureurs pourrait ĂȘtre rĂ©duite dans la mesure oĂč ils seraient eux-aussi directement affectĂ©s par une chute importante de la valeur des actifs fossiles. En effet, comme le montre le classement effectuĂ© par Insure Our Future[101], les grands assureurs restent particuliĂšrement impliquĂ©s dans le secteur. ParticularitĂ©s pour les banques hors zone euro L’étude menĂ©e chez les banques internationales hors zone UE a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e avec moins d’informations, et donc plus d’hypothĂšses. En particulier, lorsque des informations Ă©taient manquantes, les hypothĂšses retenues pour les banques de la zone euro ont Ă©tĂ© utilisĂ©es par dĂ©faut. Outre le fait que certaines informations Ă©taient manquantes, les banques hors zone euro n’ont pas Ă©tĂ© contactĂ©es. Ces donnĂ©es sont donc plus approximatives et reposent sur des hypothĂšses plus nombreuses que celles de la zone euro, en particulier pour les banques chinoises. [1]Les conversions du dollar Ă  l’euro ont Ă©tĂ© effectuĂ©es avec un taux de change de 2019 de 1,12 dollar pour 1 euro. Statista, 2020, Taux de change du dollar des États-Unis USD par rapport Ă  l’euro EUR de 1999 Ă  2019 ».[2] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[3] Nations Unies, 2020, Production Gap Report.[4] Dans notre Ă©tude, ce sont les Common Equity Tiers 1 CET 1 qui ont Ă©tĂ© retenus car ce sont les fonds propres sĂ©curisĂ©s des banques.[5] CrĂ©dit Agricole SA revendique un volume de fonds propres plus important, justifiĂ© par le fait qu’en cas de choc subi au niveau de l’entitĂ© CASA, le groupe CrĂ©dit Agricole serait dans l’obligation lĂ©gale de soutenir CASA via ses fonds propres. Nous faisons cependant le choix mĂ©thodologique de comparer les actifs fossiles de CASA aux fonds propres de CASA uniquement, afin d’évaluer la soliditĂ© financiĂšre de cette banque d’affaires, ainsi que sa prise en compte – ou son absence de prise en compte – des risques climatiques. Dans un contexte de perte de valeur des actifs de CASA, il existe donc un risque de propagation au groupe CrĂ©dit Agricole et Ă  ses autres activitĂ©s, en contrepartie d’une sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaire.[6] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[7] Notre affaire Ă  tous, 2020, Un climat d’inĂ©galitĂ©s, les impacts inĂ©gaux du dĂ©rĂšglement climatique. / Winkel J. , Nazrul Islam S. 2017, Climate change and social inequality. / OCDE, 2010, PauvretĂ© et changement climatique rĂ©duire la vulnĂ©rabilitĂ© des populations par l’adaptation.[8] Mark Carney 2015, Breaking the Tragedy of Horizon. [9] WWF, 2021, Les Ă©nergies fossiles Ă  quel prix? [10] Irena, 2020, How falling costs make renewable a cost-effective Investment.[11] Irena, 2021, Renewable capacity highlights.[12] Carbon tracker, 2013, Wasted capital and Stranded Assets.[13] The Guardian, 2015, Carney warns of risks from climate change tragedy of the horizon.[14] Irena, 2021, World energy transitions outlook.[15] McKinsey & company, 2021, CEO Interview Natixis and CDPQ invest in climate action.[16] Derek Browner, Justin Jacobs 2021, Exxon faces “existential risk over fossil fuel focus, activist investor warns, Financial Times[17] Voir notamment la notation de la politique charbon des entreprises du groupe Natixis dans le Coal Policy Tool de Reclaim Finance[18] GaĂ«l Giraud, 2014, Illusion financiĂšre, Ed. de l’Atelier, Paris.[19] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[20] Les Amis de la Terre France et Oxfam France, 2021, Quoi qu’il en coĂ»te les banques françaises au secours de l’industrie fossile.[21] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[22] CrĂ©dit Agricole SA revendique un volume de fonds propres plus important, justifiĂ© par le fait qu’en cas de choc subi au niveau de l’entitĂ© CASA, le groupe CrĂ©dit Agricole serait dans l’obligation lĂ©gale de soutenir CASA via ses fonds propres. Nous faisons cependant le choix mĂ©thodologique de comparer les actifs fossiles de CASA aux fonds propres de CASA uniquement, afin d’évaluer la soliditĂ© financiĂšre de cette banque d’affaires, ainsi que sa prise en compte – ou son absence de prise en compte – des risques climatiques. Dans un contexte de perte de valeur des actifs de CASA, il existe donc un risque de propagation au groupe CrĂ©dit Agricole et Ă  ses autres activitĂ©s, en contrepartie d’une sĂ©curitĂ© supplĂ©mentaire.[23] Ansari D., Holz F. 2020, Between stranded assets and green transformation Fossil-fuel-producing developing countries towards 2055, Elsevier. / Carbon Tracker 2020, Decline and fall the size and vulnerability of the fossil fuel system. 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Voir notamment Climate Analytics 2019, Global and regional coal phase-out requirements of the Paris Agreement.[82] Carbon Tracker, 2017, Carbon Tracker introduced the concept of stranded assets to get people thinking about the implications of not adjusting investment in line with the emissions trajectories required to limit global warming, article, 23 Aout 2017.[83] Finance Watch, 2020, Breaking the climate-finance doom loop.[84] Le rĂšglement sur les exigences de fonds propres n ° 575/2013 est une loi de l’UE qui vise Ă  rĂ©duire la probabilitĂ© d’insolvabilitĂ© des banques.[85] Banque de France 2020, “Coussin pour le risque systĂ©mique Ă  quoi servirait cet instrument ?”[86] NGFS, 2019, A call for action Climate change as a source of financial risk.[87] European Central Bank 2021, Shining a light on climate risks the ECB’s economy-wide climate stress test, article, 18 mars 2021.[88] ESRB, 2020, Positively green Measuring climate change risks to financial stability.[89] Cox J., 2021, Fed sets up panels to examine risks that climate change poses to the financial system, CNCB, 23 Mars 2021.[90] Bank of England, 2020, Climate change why it matters to the Bank of England.[91] Chenet H., Ryan J., Van Lerven F., 2021 Finance, climate-change and radical uncertainty Towards a precautionary approach to financial policy, Elsevier.[92] Auriac V., 2020, “Comment trouver le vrai fonds Ă  impact en Ă©vitant le greenwashing ?”, axylia, le 3 novembre 2020.[93] Grandjean A., DufrĂȘne N. 2020, Une monnaie Ă©cologique, Ed. Odile Jacob[94] Climate Safe Lending et Climate KIC 2021, Financial Stability in Planetary Emergency,[95] Archer D., Moser-Bohem P. 2013, Central Bank Finance, BIS Papers, No 71, 29 avril 2013. / Article 28 Capital de la BCE, “Protocole N°4 sur les statuts du systĂšme europĂ©en de banques centrales et de la banque centrale europĂ©enne.”[96] Un scĂ©nario irrĂ©aliste, redisons-le la perte de valeur des actifs fossiles s’étalera sur plusieurs annĂ©es.[97] Kapetaki Z., 2021, Recent trends in EU coal, peat and oil shale regions, rapport Commission europĂšnne. / Instrat, 2020, Green jobs in coal regions.[98] Rainforest Action Network, Reclaim Finance et al., 2021, Banking on Climate Chaos.[99] Giraud G.,DufrĂȘne N., Gilbert P., Comment financer une politique ambitieuse de reconstruction Ă©cologique, Note de l’Institut Rousseau.[100] Source Eikon part des actifs classĂ©s comme fossile dans la taxonomie NACE dans les non-bank bonds’ europĂ©ens.[101] Insure Our Future 2020, Insuring Our Future, 2020 scorecard on insurance, fossil fuels climate change CoordonnĂ© par Peggy Colcanap et HĂ©lĂšne Eveleigh Mai 2019 L’oral a le vent en poupe! Quels outils utiliser pour aider les Ă©lĂšves Ă  apprendre par ce biais ? Comment provoquer la prise de parole en classe ? Quid du bavardage ? Au-delĂ  de ces pratiques, notre dossier aborde la question de l’évaluation de l’oral, de son rapport Ă  l’écrit et des inĂ©galitĂ©s qu’il peut mettre en exergue. Dossier PĂ©dagogie de l’oral Avant-propos par L’oral, un enjeu rĂ©publicain ? Peggy Colcanap et HĂ©lĂšne Eveleigh L’oral pour apprendre ‣ Qu’est-ce que l’oral ? Paul Cappeau ‣ InterClass’, un projet radio Elena Pavel ‣ Les vertus des discussions informelles Camille Roelens ‣ Premiers pas en communication Rachel Harent ‣ Une ruse pour apprendre Erwan Tanguy ‣ Fabriquer de fausses fake news Karine Lempreur ‣ Baladodiffusion en sciences Pascal Dournon ‣ DĂ©lier les langues Isabelle Valentin ‣ Le silence de l’enseignant Philippe Rambaud ‣ Exprime-toi, je t’écoute FrĂ©dĂ©ric Perrier ‣ Le temps de parler, le temps de penser Florence Castincaud Entrelacer l’oral et l’écrit ‣ L’oral pour penser, l’oral Ă  penser Sylvie Grau ‣ Partager les contes Isabelle Pozzi ‣ Coconstruire le sens Anne-Laure Biales ‣ Le Horla Ă  l’oral Pascal Adjou ‣ Oral et inĂ©galitĂ©s Éric Marmet ‣ L’oral pour mieux Ă©crire ? Clothilde Jouzeau Kraeutler ‣ Une progression spiralaire Virginie Boutec Apprendre l’oral ‣ Un dĂ©fi pour l’enseignant Sophie Junien-Lavillauroy ‣ Quand il faut noter l’oral Guillaume Chevallier ‣ Pas d’accord, explique-toi » Isabelle Andriot ‣ Prendre la parole Henri Gautier, Nathalie NoĂ«l ‣ Un rapport au monde Charlotte Sannier-BĂ©russeau ‣ Utiliser des capsules vidĂ©os en primaire ValĂ©rie Damecour-Finel ‣ Moi je » endiguer l’oral de domination Jean-Pierre Fournier ‣ Évaluer l’oral Carole Amsellem, Karine Risselin Relecture ‣ Quelque chose du rocher de Sisyphe Marceline Laparra Ă  lire sur notre site Apprendre Ă  l’aide de nouveaux outils ? Denis Sestier Du lexique Ă  la science et de la science au lexique Clotilde Marin Micewicz L’antique, c’est pop ! Élise Carpier, Thomas Cassigneul, CĂ©line Le Floch L’atelier slam, un lieu de collaboration, d’écoute et de respect de l’autre Catherine Gendron Bibliographie et sitographie Notre prochain numĂ©ro L’économie Ă  l’école L’économie, c’est Ă  la fois un enseignement et un environnement. Comment les faire dĂ©couvrir aux Ă©lĂšves ? Par quels moyens dĂ©construire leurs reprĂ©sentations du monde Ă©conomique et leur faire prendre conscience de leur rĂŽle d’acteurs Ă©conomiques, de lecteurs critiques de l’information Ă©conomique et donc de citoyens ? Notre comprĂ©hension du monde est biaisĂ©e par notre myopie et par certains rĂ©cits Ă©difiants. Dans un essai cosignĂ© avec David Graeber, l’archĂ©ologue britannique David Wengrow opĂšre une salutaire mise Ă  jour de nos connaissances. Article rĂ©servĂ© aux abonnĂ©s Chef du service Forum PubliĂ© le 1/12/2021 Ă  1436 Temps de lecture 6 min Depuis des siĂšcles, on nous raconte une histoire trĂšs simple sur les origines de l’inĂ©galitĂ© les ĂȘtres humains auraient vĂ©cu heureux » au sein de petits clans de chasseurs-cueilleurs jusqu’à l’apparition de l’agriculture, qui aurait engendrĂ© la propriĂ©tĂ© privĂ©e, puis le patriarcat, l’esclavage, les guerres, etc. Sauf que, dans leur monumental essai Au commencement Ă©tait
, l’archĂ©ologue britannique David Wengrow et son coauteur, feu l’anthropologue amĂ©ricain David Graeber le thĂ©oricien du concept de bullshit job », dĂ©cĂ©dĂ© en 2020, expliquent que cette thĂšse ne repose sur rien ! Ainsi donc, nos lointains aĂŻeux prĂ©historiques n’ont jamais vĂ©cu une vie Ă©galitaire dans une sorte d’éden palĂ©o-communiste » ?
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au dela de notre monde david rousseau